Ce que
dit Maurice Zundel de sa foi
Si je
pouvais résumer
toute ma foi,
elle est vraiment là :
Je crois à cette Vie d'un
Autre en moi,
je crois au risque infini de Dieu,
je crois à la tragédie
éternelle de l'amour crucifié,
je crois à la fragilité
de Dieu parce que
s'il n'y a rien de plus fort que
l'amour,
il n'y a rien de plus fragile.
In
: L'homme, l'espoir de Dieu,
Lausanne, 1955
Ce que
dit Maurice Zundel de l'homme
L'homme
est en devenir.
Il est initialement
préfabriqué
par les déterminismes qu'il
reçoit.
Mais il a à se faire :
devenir libre,
être le berceau de Dieu,
être origine,
être un espace transparent,
et assumer sa grandeur.
Zundel et l'homme
« Tout le problème
que nous sommes c'est que nous ne naissons pas «homme»,
c'est que notre
dignité est un appel, une vocation, immense, imprescriptible,
mais non pas un donné que nous trouverions dans notre berceau.
L'homme a à se faire «homme».
On est d'abord quelque chose
: vous n'avez pas choisi de naître, vous n'avez pas choisi de
naître de tels parents, vous n'avez pas choisi votre
hérédité, vous n'avez pas choisi votre religion,
vous n'avez rien choisi et, tout d'un coup, vous prenez conscience que
vous existez. Et quand vous dites, ou quand un enfant a assez de
génie pour se dire «j'existe», il doit ajouter
aussitôt «Mais je n'y suis pour rien !».
S'il doit être une
personne, exprimer une personnalité ou la conquérir, s'il
doit faire preuve de dignité, justifier cette
inviolabilité, ce mystérieux dedans dont il interdit
l'accès aux autres, il faut qu'il se conquière
lui-même, qu'il dépasse, qu'il transforme radicalement son
moi préfabriqué, qu'il devienne l'origine et la source
et le créateur de lui-même, «qu'il naisse de
nouveau».
Il y a une seconde naissance
qui est la naissance de la personne, de la dignité, de
l'inviolabilité, de l'immortalité, sans laquelle on ne
peut pas être homme. Il faut que vous compreniez cela, parce que
c'est capital. Toute la misère du monde, c'est que l'homme
n'existe pas ! Peut-il se faire ? Là est la
question. Si ce problème c'est nous-même, si nous sommes
ce problème, quelle en est la solution ?
Il ne peut être
question de dire qu'à partir de là l'homme qui ne sent
pas qu'il est un problème, l'homme qui ne sent pas que son
«je-moi» qu'il a toujours à la bouche c'est un
cadenas, c'est
une prison, ce n'est pas lui c'est simplement le poids de tous
les
déterminismes, le poids de toutes les servitudes internes qui
sont les pires. Car si je suis l'esclave de mes préjugés,
de ma convoitise, de ma cupidité, de mon ambition, de mon
orgueil, de mon avarice, je suis ligoté, je suis
cadenassé dans la prison la plus étanche.
Tout le problème est
celui de notre libération : pouvons-nous passer d'un moi
possessif qui est une prison, à un moi oblatif, offert, qui est
un espace illimité ? devenir un bien commun, un bien
universel tel que toute l'humanité soit intéressée
à le défendre ?
Les Droits de l'homme
supposent que chacun porte en lui-même le bien commun, qu'il est
le bien commun, qu'il est un bien universel, parce que sa solitude est
une source inépuisable de Lumière et d'Amour. Nous sommes
loin du compte !
Cela, évidemment,
c'est l'appel, c'est cela notre vocation, c'est cela l'exigence
fondamentale ».
Extraits
d'une catéchèse d'adultes,
Paroisse Sainte-Clotilde à Genève, 1973
« Ou bien l'homme est ce
robot qui ne signifie absolument rien et qui n'a pas à chercher,
à sa vie, un sens, ou bien l'humanité, qui n'est pas
robot, se situe dans un monde qui n'est pas encore, que nous avons
à créer en nous créant nous-même.
Il ne s'agit pas d'inventer
seulement des machines mais de nous inventer nous-même. Mais
comment créer cet univers ? Comment nous inventer, comment
inventer toute réalité en lui découvrant une
dimension nouvelle ? Comment échapper au robot collectif d'une
société de fer où le lavage de cerveau identifie
absolument toutes les notions et toutes les actions ? Ou comment
échapper, à l'autre pôle, à une anarchie
qui fait de l'humanité une jungle ?
Il n'y a qu'une issue : c'est
celle, que nous expérimentons en rencontrant, en nous et dans
les autres, un univers de valeurs qui nous rassemble tous dans un
point central, le même, où à la fois nous entrons
en contact avec un ‘nous-même' que nous ne connaissions pas, un
nous-même qui est intérieur aux autres, parce
que intérieurs les uns aux autres, nous coïncidons avec
un ‘X', avec une Présence toujours reconnue et toujours
inconnue, toujours plus profondément reconnue dans la mesure
où nous continuons notre effort de nous soustraire au robot,
d'ajouter au monde préfabriqué une dimension de
liberté qui tient tout de nous, qui fait surgir en nous une Vie
inépuisable ».
Ce que
dit Maurice Zundel de Dieu
Dieu
est tout amour, tout don.
Dieu est fragile,
il n'est pas le dieu despote, le
roi-pharaon.
Il n'est pas moins mère que
père.
Il est trinité d'amour,
pauvre, désapproprié et
intérieur.
Zundel et Dieu
« Le vrai Dieu, qui
est une expérience que nous pouvons faire à chaque
instant, le Dieu qui est le seul chemin vers nous-même, qui
fonde notre dignité et notre inviolabilité, le Dieu qui
est notre premier prochain dans toute créature que nous
pouvons rencontrer, ce Dieu est plus intérieur à
nous-même que nous-même. Loin qu'il viole notre
liberté, c'est lui qui la fait jaillir en nous parce qu'il vient
à nous. Il nous attend au plus profond de nous, sans
s'imposer, sans nous contraindre, il nous attend dans une offrande
totale de lui-même et il va faire jaillir la nôtre, dans la
mesure où nous prenons conscience de sa présence...
Donc, celui qui
perçoit, dans l'homme, quelqu'un perçoit Dieu. Il peut ne
pas lui donner le nom de Dieu : il perçoit l'Infini, il
perçoit l'Absolu, il perçoit le Bien universel, il
perçoit la Beauté, la Vérité, il
perçoit l'Amour, il perçoit la source de Vie, qui, comme
dit Jésus à la Samaritaine, «jaillit en vie
éternelle».
Dieu s'intériorise
: ce n'est plus un Dieu lointain qui est logé sur une
montagne, un Dieu-Loi qui ne connaît pas les secrets du
coeur et de l'amour. C'est un Dieu tellement intime qu'il est au fond
de chacun une «source qui jaillit en vie éternelle».
C'est
cela le tournant qu'il faut prendre.
Est-ce que Dieu est une
souveraineté qui nous domine ? Ou un amour qui nous
libère ? Il est clair que tous ceux qui
repoussent Dieu n'ont jamais senti cette impuissance de l'homme
à fonder sa dignité et ils n'ont jamais rencontré
Dieu comme intérieur à eux-mêmes.
Et c'est cela que
Jésus nous a révélé d'une manière
unique, parce que Jésus était dans le secret de
Dieu, parce que Jésus nous a ouvert le Coeur de Dieu et qu'il
nous en a révélé la prodigieuse pauvreté
divine.
Jésus va nous
introduire dans le mystère adorable de la Trinité. La
Trinité, c'est le joyau, c'est la perle du Royaume ! C'est,
enfin, la délivrance d'un Dieu que l'on éprouvait comme
un joug intolérable.
La Trinité veut dire
que Dieu est unique, mais pas solitaire. Communion d'Amour il se
personnalise, Il dit ‘moi' dans l'autre. La personnalité qui
est le Père n'est qu'un regard vers le Fils, qui n'est qu'un
regard vers le Père dans la respiration du Saint Esprit vers
lequel aspire le Père et le Fils. C'est quelque chose de
bouleversant, d'absolument nouveau : Dieu apparaît comme celui
qui n'a rien.
La grandeur infinie qui est
le Dieu vivant, c'est une grandeur d'Amour où seul compte le
don. Il ne s'agit pas «d'avoir», mais
«d'être» en donnant tout.
En nous
révélant ce mystère Jésus nous
révèle Dieu comme l'éternelle pauvreté ;
celle que François d'Assise a tant aimée, qu'il a
chantée avec une telle passion, qu'il a voulu épouser en
la recueillant du Christ mourant.
Dieu n'a rien c'est pourquoi
il est Dieu. Il est Dieu, toute sainteté, toute perfection,
parce qu'il a en lui de quoi être l'éternel Amour et il
nous apprend que c'est cela notre grandeur, c'est cela notre
liberté.Voilà la nouveauté : être comme
lui.
Un vrai père humain
s'agenouille devant la conscience de son enfant, en esprit tout au
moins, et il essaie d'ouvrir cette conscience, de la faire
naître à sa liberté, en se libérant d'abord
de lui-même. Car c'est par cette liberté qu'il a conquise
en lui-même qu'il pourra faire germer celle de ses enfants.
Dieu est infiniment plus
père que tous ces pères humains. Et ce qu'il veut c'est
nous rendre libres à notre tour, comme lui, devant lui, en face
de lui. Il veut faire jaillir en nous un ‘oui' créateur, un
‘oui' nuptial qui est le sens même de la création : une
histoire à deux, une histoire d'amour où Dieu est
engagé jusqu'à la mort de la Croix, car il y a un risque
formidable à créer le monde, pour lui. S'il est cette
liberté et s'il veut susciter une liberté : cette
liberté créée peut dire non.
Qu'est-ce que fera Dieu ? Il
mourra, c'est tout ce qu'il peut faire, car l'amour n'a pas d'autre
recours. Dans la balance de la Croix, Dieu a pesé notre vie
avec la sienne, il a écrit cette équation : pour Dieu,
l'homme = Dieu ».
Extraits
d'une catéchèse d'adultes,
Paroisse Sainte-Clotilde, Genève, 1973
Ce que
dit Maurice Zundel de la
relation Homme - Dieu
C'est
une Nouvelle Alliance.
Dieu nous lave les pieds.
Il instaure un royaume d'amour,
Amour agenouillé qui attend
notre consentement.
Il est Présence dans l'homme.
Zundel et notre relation à Dieu
« Si nous le portons en
nous, si notre ‘oui' est nécessaire, si c'est à nous de
fermer l'anneau d'or des fiançailles éternelles ; s'il ne
peut pas nous contraindre, s'il nous aimera, quoique nous fassions,
éternellement, s'il est crucifié par nos refus d'amour,
alors notre problème devient son problème et notre amour
peut trouver enfin sa suprême expression, sa suprême
plénitude : il ne s'agit plus de moi en moi, mais de lui en
moi.
Il y a un retournement
complet dans la Révélation de Jésus-Christ,...Dans
la lumière de la très sainte Trinité : tout
s'intériorise, tout se passe au-dedans. Nous sommes esprit
devant l'Esprit, nous sommes inviolables à Dieu : c'est lui qui
est le fondement de notre inviolabilité, il va mourir
plutôt que d'y porter atteinte, car le sens de la
création, c'est que nous soyons des dieux devant lui.
A notre tour de prendre
soin de ce Dieu qui est intérieur à nous-même. Il
faut sauver Dieu, et non pas nous : sauver Dieu de nous ! Nous ne
risquons rien de son côté, il nous aimera toujours.
L'enfer, c'est cette crucifixion de Dieu par nous, en nous, pour
nous, tant qu'une seule créature se refusera à son
amour. Il s'agit de le sauver, c'est la grande aventure humaine. S'il
faut que l'homme soit sacré pour l'homme, c'est que l'homme
porte l'Infini, qu'il est la Révélation de Dieu,
l'incarnation de Dieu et que Dieu ne peut être un
événement de la vie
humaine qu'à travers nous. C'est à travers nous que Dieu
est une expérience humaine incontestable.
C'est donc cette
Présence de Dieu en nous qu'il faut rendre possible. S'il faut
s'agenouiller devant l'homme, et il le faut, comme notre Seigneur au
lavement des pieds, c'est que dans l'homme le sort de Dieu est contenu.
Chaque fois que nous blessons les autres, nous blessons d'abord Dieu,
nous éteignons l'Esprit en nous et l'autre, pour se
défendre, est obligé de s'enfermer dans son moi
propriétaire pour n'être pas assujetti au nôtre.
C'est donc Dieu qu'il faut
sauver à chaque instant du jour et de la nuit. Qu'est-ce qui va
lui arriver dans notre vie ? Tout le problème est là ! Si
Dieu est sauvé, tout sera sauvé. Le sauver en nous,
c'est entrer dans cette offrande, c'est être un regard vers lui.
Tout est changé :
voilà l'égalité, la seule qui ait un sens. Non
pas être tous dans la même situation mais chacun
porteur
de Dieu, capable d'être le centre du monde dans ce soleil divin
qu'il peut faire rayonner sur toute la création.
Si bien que le plus
silencieux, le plus infirme, le plus malade, celui qui ne peut pas
bouger au fond de son lit, celui qui est caché au fond d'une
cellule ou d'un désert il, peut être, pour le monde
entier, un espace libérateur, s'il est, simplement, s'il
existe en forme d'amour ».
Extraits
d'une catéchèse d'adultes,
Paroisse Sainte-Clotilde
à Genève, 1973