|
Textes choisis d'homélies
|
Titres
:
Un clic du bouton gauche de la
souris
sur l'un ou l'autre des titres ci-dessous
vous
mène
directement au texte correspondant.
Pour revenir au sommaire, vous cliquez
sur le triangle à droite au bas de l'article,
ou vous prenez l'ascenseur.
*
* * * *
TU
ÉTAIS DEDANS, MOI DEHORS
Maurice Zundel
Homélie pour le 2e dimanche du
Carême, dimanche de la
Transfiguration
à Genève, en
février 1975
Dernière homélie prononcée
par Maurice Zundel qui décédait en août 1975
des
suites d’une thrombose cérébrale.
Publiée dans Ta Parole comme
une source, Éditions Anne
Sigier
Chers amis,
Nous
avons une peine infinie à prendre le tournant,
c’est-à-dire à intérioriser Dieu. Nous continuons
presque toujours à Le situer en dehors de nous, comme une
puissance qui nous domine, à laquelle il faut bien que nous nous
soumettions, mais qui ne fait pas partie essentielle de notre vie, qui
est un devoir, parfois ennuyeux, un devoir auquel on veut bien
consentir en donnant quelques minutes à Dieu chaque jour,
éventuellement une demi-heure le dimanche. Mais nous ne sommes
pas pris aux entrailles. Nous ne sommes pas pris au fond du cœur par ce
Dieu qui nous demeure étranger, alors que justement la
nouveauté, la nouveauté de la Nouvelle Alliance, c’est de
situer Dieu au plus intime de nous-même, comme une source qui
jaillit en vie éternelle.
Il
est étonnant que nous n’ayons pas retenu le mot de saint
Augustin qui est unique en son genre, qui est prodigieux dans son
raccourci et qui jette une telle lumière sur la nouveauté
de l’expérience spirituelle. Il dit à Dieu : « Tu
étais dedans, c’est moi qui étais dehors ! »
Il
touche là le nœud même de la question. C’est là,
justement, que se situe le tournant : si Dieu est dehors, la cause de
Dieu est perdue. Il demeure étranger à nous-même
et, ce n’est qu'en nous contraignant, que nous nous soumettons
éventuellement à des lois qui nous surplombent et qui
viennent d’ailleurs.
Mais
si nous saisissons, comme Augustin l’a saisi avec cette puissance
incroyable, que c’est Dieu qui est dedans, et nous dehors, que c’est
Dieu qui est la suprême expérience de notre
humanité, que nous n’arrivons jusqu’à nous-mêmes
qu’à travers Lui, alors Dieu deviendra la respiration même
de notre esprit et de notre cœur.
On
peut récriminer contre la dissolution des mœurs, on peut
s’attrister de voir s’effondrer les traditions
vénérables, mais tous ces gémissements ne
résolvent aucunement le problème. Il s’agit de montrer
Dieu, j’entends d’en témoigner comme d’une expérience que
l’on peut vivre, que chacun est capable de faire à chaque
instant du jour, en étant simplement attentif à sa propre
vie, sa propre vie bien sûr mêlée à celle
des autres, sa propre vie en relation avec celle des autres, mais
toujours sur ce plan d’humanité où il est impossible de
se tirer d’affaire sans rencontrer l’infini.
Dès
que vous percevez cela dans un petit enfant qui vient de naître,
dans ce premier sourire de cet enfant, dès que vous sentez ce
dedans, que vous en prenez conscience, vous êtes
bouleversé. Vous sentez que tout est là finalement,
qu’à travers cette fragilité il y a une grandeur
incommensurable, qui est d’autant plus éclatante que l’enveloppe
est plus fragile. Et au fond, toutes nos amitiés, toutes nos
tendresses, tous nos amours, finalement, qu’est-ce qu’ils cherchent ?
sinon précisément un dedans, c’est-à-dire une
source inépuisable, c’est-à-dire une vie
véritable, c’est-à-dire le Dieu Vivant, celui qui est le
secret le plus intime de notre cœur, qui est le lien éternel de
toutes nos tendresses.
L’humanité
se désintéressera de plus en plus de Dieu s’il
n’apparaît pas justement comme ce dedans qui nous amène
à connaître notre propre intimité, qui nous apprend
à découvrir l’immensité de notre aventure, qui
nous apprend qui nous sommes, et qui fonde notre dignité, quand
nous apprenons à respecter celle des autres.
Le
Christ au milieu de l’histoire, le Christ qui meurt, c’est Dieu qui
meurt au milieu des hommes. Ce n’est pas un Dieu étranger, c’est
Quelqu’un qui porte l’humanité, qui cherche justement au-dedans
de chacun de nous, à édifier ce sanctuaire qui est la
seule cathédrale digne de lui. Toutes les églises de
pierre ne peuvent conduire finalement qu’à cette Église
intérieure qui est le sanctuaire de nous-même.
Et
c’est cela l’Évangile. L’Évangile, c’est de nous avoir
délivrés de cette obsession d’un dieu extérieur
à nous, d’une puissance extérieure à nous et qui
pourrait à chaque instant bouleverser notre vie, pour nous
conduire à un Amour caché en nous, qui ne nous contraint
pas, qui nous attend, qui patiente, qui se donnera jusqu’à la
mort de la croix, parce que justement, il s’agit d’une intimité
à conquérir et non pas d’un esclave à soumettre.
Ce
que nous pouvons apprendre de notre intimité, quand nous sommes
en contact avec celle des autres humains qui nous entourent, nous fait
saisir toute la délicatesse de ces rapports, et
l’impossibilité d’atteindre l’intimité d’un autre sans
s’effacer dans la lumière que nous espérons porter en
lui, sans devenir un espace illimité pour l’accueillir. Comment
Dieu pourrait-il se manifester s’il n’était pas le respect
infini de cette intimité, s’il ne la voulait entièrement
libre, jusqu’à mourir plutôt que d’en violer le secret ?
Et
c’est là que nous retrouvons le mot que nous venons d’entendre
de la seconde lettre à Timothée : « Avec la force
de Dieu, prends ta part de souffrance dans l’annonce de
l’Évangile ».
De
quoi s’agit-il, en effet, dans ce carême qui devrait être
une sorte de procession vers la fête de Pâques ? De quoi
s’agit-il ? - De jeûner ? Nous ne jeûnons pas ! - De
nous
priver des choses qui nous font plaisir ? Nous ne le faisons pas ! - De
quoi s’agit-il ? Mais il s’agit d’épargner cette vie divine que
nous portons en nous ! De la protéger contre nous-mêmes !
D’en témoigner en la laissant transparaître pour que les
autres puissent la respirer !
Çà,
c’est un Carême qui aurait un sens, parce que justement, si Dieu
est ce Dieu dont Jésus parle à la Samaritaine, ce Dieu
qui est en elle, ce Dieu qui la cherche, ce Dieu qui est la source
éternelle de sa vie, si Dieu est cela, nous savons bien
qu’à chaque instant nous risquons d’intercepter sa
lumière, d’empêcher le courant de passer, de fermer la
porte aux autres, de ce Royaume intérieur à
eux-mêmes que nous devrions leur apprendre à
découvrir, non pas en parlant mais en vivant.
L’Évangile
est complètement dans la vie, ou il n’a aucun contact avec elle.
Au contraire, s’il est dans la vie, c’est à nous donc de devenir
un Évangile vivant. Non pas bien sûr en faisant du
prosélytisme et en nous mettant à prêcher, mais en
ayant ce souci, - ce souci, puisque c’est vrai que Dieu est dedans
puisque nous le portons en nous, – en ayant ce souci de
communiquer,
sans rien dire, le sourire de Sa tendresse.
Combien
les hommes qui nous entourent, qui nous valent bien, qui valent souvent
tellement plus que nous-mêmes, combien ils seraient
acclimatés, si l’on peut dire, à la présentation
de l’Évangile, si nous devenions nous-mêmes ce message
vivant de libération et d’amour !
C’est
de cette manière que nous avons à prendre notre part de
souffrances dans l’annonce de l’Évangile. Cà vaut la
peine. Car rien n’est plus bouleversant que de penser et prendre
conscience que la Vie de Dieu a été remise entre nos
mains, la vie de Dieu a été remise entre nos mains.
Ce n’est pas un vain mot. C’est l’expérience quotidienne. Si
nous sommes fermés, bloqués, c’est que nous rencontrons
des visages fermés, qui nous empêchent justement
d’atteindre à notre intimité et à la leur. Si Dieu
devient étranger, c’est parce qu’il ne constitue pas le sommet
de notre expérience humaine par notre faute ou par ignorance.
Il
s’agit donc, encore une fois, de prendre le tournant et de nous
rappeler que tout tient dans ce
passage du dehors au-dedans,
dans ces
deux petits mots des Confessions de saint Augustin : dedans, dehors.
Comme
c’est merveilleux de penser qu’un grand génie comme lui, qu’un
grand chrétien, un saint admirable, ait découvert cette
chose que nous avons tellement de peine à réaliser,
à savoir : c’est que nous sommes étrangers à
nous-mêmes, et que nous sommes jetés dans notre propre
intimité que lorsque, tout d’un coup, libérés de
nous-mêmes par la Présence de ce que saint Augustin
appelle la beauté si antique et si nouvelle, nous ne sommes plus
qu’accueil dans la libération de nous-même.
Voilà
donc le carême que nous avons à vivre. Laisser Dieu
passer, communiquer Sa lumière, et laisser Dieu donner aux
autres, dans notre sollicitude humaine, la Présence adorable et
l’éternel Amour.
TOUT
COMMENCE AUJOURD’HUI
Maurice Zundel
Homélie de la messe de
Pentecôte, le 21 mai 1972,
au Carmel
de Matarieh, Le Caire
Vous vous rappelez la dernière question posée par les
apôtres au jour de l'Ascension. Tandis que Jésus les
invite à se recueillir et à attendre l'Esprit saint qu'il
doit leur envoyer, la dernière question qu'ils lui posent, c'est
: « Est-ce en ces temps-là que tu rétabliras
le règne en faveur d'Israël ? »
Et voilà la réponse aujourd'hui, la réponse
inattendue et merveilleuse : le règne de Dieu, le royaume dans
lequel Jésus veut nous introduire, il ne peut se construire, il
ne peut advenir qu'au-dedans de nous. Le ciel, auquel nous sommes
appelés, est justement un ciel intérieur à
nous-mêmes, comme nous le dit le pape saint Grégoire :
« Le ciel, c'est l'âme du juste. »
Et cette lumière est inépuisable, cette lumière
est à suivre qui nous conduit du dehors au-dedans. Nous sommes
tous esclaves du dehors. Nous voulons jouer un rôle, nous portons
un masque, nous désirons exercer une influence, jouir d'une
primauté, être loués et admirés et, tandis
que nous poursuivons toutes ces exhibitions de nous-mêmes, nous
perdons notre substance, nous devenons toujours plus extérieurs
à nous-mêmes et nous finissons par n'être plus
qu'une apparence d'existence.
Et voilà justement que la lumière de la Pentecôte
nous ramène à l'essentiel, nous révèle
notre dignité, notre vocation, notre grandeur, notre
immortalité, nous révèle notre
égalité, notre égalité dans les hauteurs,
notre égalité dans l'amour, notre égalité
dans le dépouillement, notre égalité dans la
pauvreté, notre égalité, notre
égalité dans le don de nous-mêmes.
Toute âme, l'âme d'un enfant qui vient de naître,
toute âme, tout esprit humain est capable de cette
immensité, est appelée à cette grandeur et doit
devenir le Royaume de Dieu. Chacun de nous est appelé à
avoir et à devenir un dedans... un dedans. Ce petit mot de rien
du tout, comme il est merveilleux !
Quand Augustin dit à Dieu : « Tu étais dedans et
moi j'étais dehors », il nous fait sentir toute la
grandeur de ce petit mot, être dedans, c'est-à-dire
être soi-même une source, être soi-même une
origine, être soi-même une valeur, un trésor,
être soi-même un créateur, être soi-même
tout un univers.
Pasternak l'a admirablement compris. Il a une page extraordinaire,
bouleversante et magnifique, où il nous montre que les temps
nouveaux sont arrivés, les temps nouveaux, les temps de la
grandeur. Là où l'on parle, comme dit Tagore, de
l'ivresse pour être, les temps nouveaux sont advenus.
Jusqu'ici, on voyait des foules, jusqu’ici on voyait des armées.
Jusqu'ici, on voyait, on assistait à la migration des peuples,
on comptait par le nombre et par la multitude. Et maintenant, qu'est-ce
qui se passe ? Voilà l'Ange qui s'adresse à Marie,
voilà le dialogue de l'Annonciation, voilà une toute
jeune fille dont le « oui » est attendu, dont le «
oui » est indispensable à l'accomplissement de la
création et c'est dans le secret de son cœur que se
décide le sort du monde.
Désormais, il ne s'agit plus de multitudes, il ne s'agit plus
d'assemblées où l'homme est tumultueux. Il s'agit,
maintenant, de ce secret d'amour qui se murmure au fond du coeur. Il
s'agit, maintenant, de ce dedans où chacun est
libéré du dehors, où chacun porte en lui son
éternité, où chacun peut devenir, pour les autres,
un espace illimité, un ferment de libération et de
grandeur.
Rien n'est plus merveilleux, rien ne nous atteint plus
profondément, parce que rien ne nous libère davantage.
Être libre de soi, mais c'est totalement impossible si on n'a pas
trouvé, au fond de son cœur, cette Présence infinie qui
est seule capable de nous combler, qui est le seul chemin vers
nous-mêmes, le seul chemin vers les autres, la seule
signification de tout l'univers. Nous avons donc à recueillir ce
merveilleux héritage, à découvrir, ce matin, ce
don infini de l'amour éternel.
Tout commence aujourd'hui. Comme les apôtres sont radicalement
transformés quand ils cessent de se regarder, quand ils ne
voient plus que le visage du Christ imprimé dans leur cœur !
Comme ils vont partir maintenant jusqu'au martyre, partir à la
conquête du monde, nous aussi, nous pouvons, aujourd’hui,
naître de nouveau et entrer dans cette immense aventure qui est
de donner le monde à la lumière infinie et à
l'amour éternel et de consacrer le monde au Christ qui a
donné sa vie et qui la donne éternellement aujourd’hui.
Aujourd'hui, nous pouvons entrer dans cet immense amour dans la mesure,
justement, où nous commençons par nous recueillir,
où nous commençons par entrer dans ce silence infini
où naissent toutes les vies. C'est ce silence qui est l'origine
de toute grandeur, c'est dans ce silence que l'on découvre la
Présence infinie, c'est dans ce silence que l'on naît
à soi, c'est dans ce silence que l'on rencontre toutes les
présences, c'est dans ce silence que l'on atteint jusqu'à
la racine de soi et jusqu'à la racine des autres.
C'est donc dans ce silence que nous allons nous enfoncer, en demandant
au Seigneur de nous communiquer la plénitude de son Esprit et de
nous délivrer, enfin, de ce vieux moi qui est usé
jusqu'à la corde, de nous donner un point de vue neuf qui soit
simplement un regard d'amour vers lui.
Qu'il nous envoie pour donner simplement par notre présence,
pour donner au monde cette joie, cette joie de Dieu, cette joie de
l'éternel amour, cette joie du visage du Christ après
laquelle toute la terre soupire.
LA
RENCONTRE DE DIEU, L'AVENTURE LA PLUS PASSIONNANTE
Maurice Zundel
Homélie prononcée à Lausanne, le 25 février
1962
Chers amis, quand on lit une page des grands mystiques, comme St-Jean
de la Croix, et j’avais l'occasion cette semaine de reprendre «
Le Cantique Spirituel », et singulièrement cette strophe
admirable ou St-Jean de la Croix dit : « Réjouissons-nous,
mon Bien-Aimé, allons nous voir dans Ta Beauté ».
Et le commentaire qu'il en fait est absolument extraordinaire, ce
commentaire dont le lyrisme est débordant et où le mot
« Beauté » revient une vingtaine ou une trentaine de
fois dans quelques lignes : « Allons nous voir dans Ta
Beauté : je me verrai dans Ta Beauté, je serai moi dans
Ta Beauté et Tu seras moi dans Ta Beauté... »
Impossible de dire ces mots sans se rendre compte que, pour St Jean de
la Croix, comme pour tous les mystiques, le contact avec Dieu est celui
qui suscite la vie, l'enthousiasme, parce qu'il s'agit d'un lien
nuptial, d'un lien où la personne s'échange dans le plus
profond, dans le plus intime d'elle-même avec Dieu, où la
personne se constitue dans ce don et dans cette offrande et où
elle n'est jamais lasse de s'émerveiller, parce qu'elle ne cesse
jamais de grandir et de s'accomplir.
Et, entre ces pages du mystique, entre ces pages – d'une suprême
poésie et d'une suprême grandeur – et la religion de nos
paroisses, on a l'impression qu'il s'agit d'autre chose. Il semble que,
dans nos paroisses, on soit endormi, chloroformé, et que la vie
religieuse y soit un pensum, un devoir, quelque chose qu'il faut
accomplir parce qu'on est soumis à une puissance par le jugement
de laquelle on devra passer, et qu'il est plus sûr, malgré
tout, de mettre les chances de son côté.
On s'ennuie dans les églises : je m'y ennuie, je m'y ennuie si
souvent, je m'y ennuie parce qu'on a l'impression que tout est terne et
gris, on rabache des mots, on ressasse, on redit, on
répète. Alors que, pour le mystique, Dieu est
brûlant, alors que pour le mystique comme pour Pascal, dans la
fameuse nuit de sa conversion, Dieu est un feu qui ne s'éteindra
plus jamais : au plus intime de son coeur. On a l'impression, dans nos
paroisses que Dieu est un ennui; c'est un devoir, c'est une
espèce de personnage lointain, redoutable, émouvant
quelque fois, mais la plupart du temps ennuyeux.
Et que de stratagèmes il faut pour circonvenir un mourant, pour
lui faire accepter les sacrements parce que, justement, la vie
chrétienne, du moins ce qu'on appelle de ce nom, est presque
toujours pour nous une sorte de rite que l'on accomplit dans un
conformisme bien intentionné, cela va de soi.
Ce n'est pas une découverte, ce n'est pas une joie, ce n'est pas
une jubilation, ce n'est pas un jaillissement toujours nouveau devant
la Beauté de Dieu qui se communique à nous. Ce n'est pas
surtout une aventure incroyable qui donne à la vie une saveur
inépuisable et qui, chaque jour, fait se lever un monde nouveau.
D'où vient que la vie chrétienne, qui est issue pourtant
de l'Évangile, lequel veut dire : « Bonne Nouvelle
», d'où vient que cette vie est si terne, si grise, si
morne, si banale, et que la plupart des chrétiens ressemblent
à tous ceux qui ne sont pas chrétiens, vivent avec
quelques scrupules de surface, exactement comme tous les autres.
D'où cela vient-il? D’où vient cet échec,
d'où vient cet ennui?
La science est une aventure. Si vous ouvrez un livre de sciences ou une
revue de sciences qui ait une certaine tenue, à chaque page vous
poussez un cri d'émerveillement, à chaque page il y a une
nouvelle découverte, à chaque page vous êtes
confronté avec une dimension inconnue de l'univers, à
chaque page vous vous extasiez devant la puissance de l'intelligence
humaine qui a renversé le cours de toutes les sensations, qui a
établi le règne de l'homme jusqu'au coeur de la
matière, et qui peut maintenant, de la terre, viser les astres
et envisager d'exploiter des énergies qui semblaient à
jamais hors d'atteinte.
La science est une prodigieuse aventure, magnifique, qui fait le plus
grand honneur à l'esprit humain; et l'on comprend le savant qui
s'y consacre avec une passion brûlante, on comprend ce mot de
Branly, un des inventeurs de la télégraphie sans fil, une
découverte bien ancienne comparée à celles
d'aujourd'hui, on comprend ce mot de Branly après une
séance de parade où l'on avait visité son nouveau
laboratoire, disant, après le défilé de tous les
invités : « Eh bien, ça ne vaut pas, ça ne
vaut pas une journée d'expériences! »
La science est une aventure. L'art est une aventure et l'on pouvait
voir, à certains jours, Clara Haskil, le visage
décomposé, sortant d'un concert, ayant l'impression
d'avoir tout raté parce que, justement, on ne sait jamais, on ne
sait jamais si on est digne, on ne sait jamais si on est au niveau de
la Beauté, si on a pu faire passer dans ses doigts tout le chant
de son coeur, et si le public a communié jusqu'au fond avec
cette source éternellement jaillissante qui a fait naître
au cours de l'Histoire tous les chefs-d'oeuvre.
Et l'alpinisme aussi est une aventure, et des hommes armés d'un
courage magnifique aiment ce goût du risque; ils s'exposent
eux-mêmes, ils se risquent eux-mêmes parce qu'ils veulent
connaître à la fois la grandeur du danger et la splendeur
de vivre. Exposant leurs vies, ils en savourent mieux le prix; ayant
échappé aux périls, ils vivent avec un coeur plus
ardent et plus joyeux.
Et ceux qui sont incapables de se produire eux-mêmes, incapables
de créer des chefs-d'oeuvre, incapables de courir un risque
illimité, ceux-là assistent à des matchs, ils vont
se geler pendant des heures pour suivre la balle sur la glace. Ils
n'ont pas tort : c'est une manière, justement, de voir se
déployer et l'adresse, et l'agilité, et la grâce,
et la force musculaire, tant de choses où le corps humain
s'exprime d'une manière multiforme et inépuisable en
faisant état de tous ses moyens.
Et nous, que faisons-nous? Que faisons-nous alors que des milliers de
gens vont se geler pendant des heures pour assister à une
compétition sportive? Nos églises, si souvent, en dehors
de la messe obligatoire du dimanche, nos églises sont si
difficiles à remplir parce qu'on s'y ennuie, parce que ce n'est
pas une aventure, parce que l'on ne comprend pas que, si l'homme
crée la science, s'il crée l'art, s'il invente le sport,
il y a en lui une valeur encore infiniment plus grande que toutes ces
créations, d'ailleurs admirables, où il s'exprime. Et
c'est justement l'aventure au terme de laquelle il doit se créer
lui-même, où il doit faire de tout son être une
source, une origine, un espace illimité; où il doit
marquer de son empreinte l'Histoire et en changer le cours, et
élever toute l'Humanité, en la soulevant, et accomplir
ainsi le geste de Dieu, qui est éternel, le geste de l'Amour qui
donne.
Est-ce que nous sommes aveugles? Oui, nous le sommes! Nous ne voyons
donc pas que la Croix qui éclate au sommet de nos
églises, cette Croix qui étend ses bras vers nous, cette
Croix qui est notre unique espérance, ne voyons-nous pas que
cette Croix mesure, d'une mesure infinie, la grandeur de notre vie? Car
enfin, la Croix veut dire que Dieu meurt, que Dieu meurt pour nous
conquérir, qu'il y a en nous quelque chose de si formidable que,
pour le faire surgir, il ne faut pas moins que la mort de Dieu, pas
moins que l'agenouillement du Seigneur au Lavement des pieds.
Car enfin, comme le disait le pape St-Grégoire admirablement :
« Le Ciel, c'est l'âme, c'est l'âme du juste! Le
Ciel, c'est l'âme du juste! » Ah! enfin, il ne s'agit donc
pas de s'évader de la vie, il ne s'agit pas de tourner le dos
à l'existence, il ne s'agit pas de penser à un
au-delà de la mort!... Le Ciel, c'est maintenant! Le Ciel, c'est
ici! Le Ciel, il est en nous! Et en nous, justement, il y a une
aventure encore infiniment plus passionnante que celle de la montagne
à conquérir, que celle de l'univers à ordonner,
que celle de l'art qui chante.
C'est de nous qu'il s'agit, c'est nous, qui devons devenir justement
quelque chose de tellement précieux, de tellement grand, de
tellement beau, qu'il apparaisse en effet que le Ciel est au-dedans de
nous et que, à travers notre visage, la Présence
même infinie, la Présence Infinie se révèle
et se communique.
Car finalement, l'aventure que nous avons à courir, ce n'est pas
moins que celle-là : je veux dire de révéler Dieu,
de le faire entrer dans l'Histoire, d'inscrire sa Présence, sa
Présence de lumière et d'amour dans tous les gestes de la
vie.
Qui est Dieu pour les habitants de Lausanne? Qui est Dieu pour les
hommes que nous croisons dans la rue? Qui est Dieu pour nous, en dehors
de la réunion dominicale, en dehors de l'heure que nous passons
à l'Église? Qui est Dieu? Un inconnu, un étranger.
Nous avons une petite lueur qui nous amène à la liturgie
du dimanche, une petite lueur, et après...? Nous retombons dans
nos servitudes quotidiennes et nous oublions qu'au-dedans de nous, ce
feu continue à brûler, qu'au-dedans de nous Dieu veut
nouer avec nous une alliance éternelle, qu'au-dedans de nous,
Dieu veut donner à tous nos gestes une portée, une valeur
infinie, qu'au-dedans de nous Dieu veut faire la conquête du
monde, qu'au-dedans de nous, Dieu veut transparaître et se
révéler au visage de nos frères.
Une immense aventure est la vie chrétienne qui engage tout Dieu,
puisque Dieu n'a pas d'autre moyen d'entrer dans notre Histoire que
nous-mêmes.
La connaissance du monde serait impossible sans les savants qui
s'appliquent à établir un ordre rationnel dans les
phénomènes. Le miracle de la musique et de
l'architecture, de la peinture, de la sculpture, de la danse, serait
impossible s'il n'y avait des artistes pour être les
médiateurs diaphanes de cet univers de la beauté. La
conquête d'une montagne serait impossible s'il n'y avait des
êtres audacieux et capables de se risquer.
Comment voulez-vous que Dieu apparaisse, que Dieu soit une
réalité de la vie, qu'Il soit une Présence qui
s'impose à tous, joyeusement, comme la Présence la plus
réelle, celle qui vivifie toutes les autres, si nous ne sommes
pas capables de transmettre et de vivre cette Présence?
Il existe de tels moments, j'en suis sûr. Je pense à celui
où une jeune maman voit pour la première fois son premier
enfant, son enfant, cet enfant qui était si près de son
coeur mais qui restait pour elle un inconnu, cet enfant dont elle
portait la vie mais dont elle ignorait le visage : le voilà
devant elle; elle peut le reconnaître. Et peut-être aussi
le premier mouvement de l'amour dans un jeune homme et une jeune fille
qui, pour la première fois, comprennent que leur vie n'aura de
sens que s'ils scellent cette union qui les donnera l'un à
l'autre. Peut-être que dans ce moment, comme dans le moment de la
naissance, y a-t-il ce frisson de l'infini, ce sentiment qu'en effet la
vie est immense et qu'elle est une aventure inépuisable!
Et puis, l'émerveillement peu à peu s'élimine,
s'use et disparaît, et on entre dans ce train-train de la vie
quotidienne qui finit par devenir un automatisme sans grandeur et sans
âme.
Il nous faut donc réapprendre aujourd'hui à
découvrir Dieu comme Quelqu'un, non pas comme un pensum, non pas
comme un devoir, non pas comme une loi, non pas comme une obligation,
mais Dieu comme la respiration même de notre vie, comme le secret
qui va éclore dans le regard de ce petit enfant, qui est
perceptible dans le souffle de son sommeil, et qui parfois donne aux
parents le sentiment du sacré devant cet être qui a
été confié à leur amour.
C'est Lui, Dieu, qui est justement dans le regard de ce petit enfant.
Mais toute cette profondeur... c'est Lui, qui au coeur de l'amour est
cette attente éternelle! C'est Lui, dans cette conversation,
dans ce dialogue du savant avec l'univers, ou de l'artiste avec la
beauté; c'est Lui, finalement, qui est l'aimantation la plus
silencieuse, la plus secrète, d'où toutes les grandes
oeuvres jaillissent, où toutes les découvertes ont leur
berceau, où tous les risques, tous les courages, tous les
héroïsmes ont leur ferment.
Nous voulons donc essayer aujourd'hui de nous déshabituer de
toutes nos affreuses routines, et d'entrer dans cette liturgie qui
devrait être tellement plus belle, tellement plus
épanouissante, tellement plus dansante et chantante... Nous
allons essayer de découvrir sous toutes ces habitudes un Visage,
ce Visage dont parle Jacopone da Todi, un disciple de St
François, à l'aube du XIVe siècle, lorsqu'il
parcourt toutes les routes d'Italie en chantant ses poèmes dont
l'un commence par ces mots : « Je pleure parce que l'Amour n'est
pas aimé ».
Oui, c'est de cela qu'il s'agit : « Je pleure parce que l'Amour
n'est pas aimé! » Dieu est l'Amour même et rien
d'autre. « Regarde en moi, disait le Christ à Ste
Angèle de Foligno, regarde en moi et dis-moi si tu vois en moi
autre chose que l'Amour ».
Et ce mot d'amour, qui a été si prostitué, si
profané, si galvaudé, ce mot, c'est un mot divin, c'est
le seul qui puisse – dans la langue humaine – désigner ce
Ciel intérieur à nous-même, ce Soleil caché
en toute conscience humaine, cette Tendresse dont nos tendresses sont
seulement le reflet.
Nous allons donc demander au Seigneur, maintenant, de nous ouvrir les
yeux, de dilater notre coeur et de nous apprendre dans le silence
où Sa Voix se fait entendre, de nous apprendre qui Il est et qui
nous sommes, afin que nous sortions de cette église, non pas
comme de coutume, ayant accompli un rite obligatoire, mais avec le
désir de savourer enfin toute la grandeur de notre vie, de lui
donner toutes ses dimensions, de laisser transparaître à
travers elles le Visage adorable de l'Éternel Amour.
Et c'est pourquoi nous allons nous recueillir pour écouter, en
disant au plus profond de nous-même au Seigneur qui ne cesse de
nous attendre au plus intime de nous : « Seigneur, aidez-moi
à révéler votre Visage dans le sourire du mien
». Amen.
DIEU C'EST QUAND ON S'ÉMERVEILLE
Maurice
Zundel
Homélie prononcée à Notre
Dame du Valentin, Lausanne, le 5 février 1961
Publiée dans Ton Visage ma lumière,
Éd. Desclée
Un prêtre que je n'ai vu qu'une seule fois dans
ma vie traversa,
un matin, ma chambre à Neuilly et me dit : Dites-moi un mot que
je puisse emporter en voyage. Et je lui dis : Eh bien ! Que Dieu, que
Dieu vous soit neuf, chaque matin ! Et il disparut, pressé
qu'il était d'aller prendre son train. Il est mort depuis lors,
et je m'émeus de penser que le seul lien entre lui et moi a
été ce mot : Que Dieu vous soit neuf, chaque matin
!
En effet, il est impossible de concevoir une religion vivante si Dieu
ne nous est pas neuf, chaque matin. Nous nous lassons du
déjà vu, nous éprouvons constamment le besoin d'un
renouvellement. Et un amour qui chaque jour ne découvre pas dans
le visage aimé un trait encore inaperçu est bientôt
condamné à mort.
La vie de l'Esprit est une découverte inépuisable et il
est indispensable, pour que Dieu devienne pour nous un objet
passionnément aimé, il est indispensable que, chaque
jour, Dieu soit pour nous une découverte nouvelle. Nous avons
l'habitude de parler de Dieu dans les termes du catéchisme, et
il nous semble que nous tournons dans un cercle fermé. En
réalité, les mots du catéchisme, si nous les
comprenons bien, ce sont des mots-sacrements, ce sont des mots ouverts,
ce sont des mots qui nous invitent à nous engager dans une
aventure inépuisable et merveilleuse.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard que l'Église, dans sa
liturgie, ait rassemblé autour de l'autel les parfums, les
couleurs et les sons. Ce n'est pas un hasard que les plus grands
artistes aient travaillé pour l'Église et
édifié leurs plus beaux chefs-d’oeuvre dans la
cathédrale et autour de l'autel de l'Agneau éternellement
immolé. C’est que, justement, ils sentaient qu’en Dieu et pour
Dieu, toute cette nostalgie en eux de la Beauté allait trouver
sa plus haute expression et son suprême épanouissement.
Tous les grands hommes, tous les génies, tous les savants, tous
ceux qui sont à la tête de la course dans
l'humanité, sont des êtres qui ont su admirer et
s'émerveiller. Et c'est Einstein, un des plus grands savants de
tous les temps, qui a dit ce mot magnifique où il nous
révèle son âme : L’homme qui a perdu la
faculté de s'émerveiller et d'être frappé de
respect est comme s'il était mort.
Il est donc nécessaire qu'en accord avec la beauté de ce
jour, où nous éprouvons tant de joie à revoir le
soleil, que nous apprenions à nous émerveiller. Car
les prières que nous disons, ici, à l'église, les
prières que nous disons ensemble, ces prières veulent
nous engager dans cette prière secrète, dans cette
prière silencieuse, dans cette prière personnelle
où le plus intime de nous-même se dit.
Chacun de vous a des goûts particuliers. Chacun de vous est
attiré par un certain aspect de l'univers : il y en a qui aiment
les bois, il y en a qui aiment la mer, il y en a qui aiment la
montagne, il y en a qui aiment la musique, d'autres la poésie;
il y en a qui aiment les mathématiques, d'autres l'astronomie,
qui d'ailleurs les comprend d'une manière nécessaire,
mais chacun dans cette recherche, chacun dans cet amour, chacun dans
cette passion, trouve sa source, cette source que Jésus
révélait à la Samaritaine au puits de Jacob, et
qui nous fait entrer, tous et chacun, dans cette vie éternelle
qui est le Dieu vivant au plus intime de nos coeurs.
Il ne faut donc pas penser que la prière pour nous
s'épuise dans les formules que nous récitons à
l'église, dans le chapelet, dans le chemin de croix, dans le
« Notre Père» où le « Je vous salue
Marie ». La prière,
c'est la respiration de l'âme qui découvre, tout d'un
coup, le visage imprimé dans notre coeur.
Et, comme chacun de nous est différent, comme chacun de nous est
irremplaçable et unique, comme Dieu ne se répète
jamais en créant une âme, il donne à cette
âme, justement, il lui confie un rayon de lui-même, et il
l’appelle à exprimer sa beauté dans son langage à
elle, qui est unique, afin que toutes les âmes, ensemble,
constituent une immense symphonie où la beauté de Dieu ne
cesse jamais d'être chantée.
Il est donc nécessaire que vous consultiez, que nous consultions
chacun nos goûts, que, en dehors de la prière
communautaire, nous ayons chacun notre prière personnelle et
que, chaque jour, en suivant justement notre élan
intérieur, en faisant un tour de piste, en regardant les jeux de
la lumière, en admirant le soleil couchant sur les montagnes, en
respirant le silence du matin, en écoutant le chant des oiseaux,
en mettant un beau disque, en lisant un beau livre ou en contemplant
une belle oeuvre d'art ou en nous émouvant sur le sommeil d'un
tout petit enfant, il est indispensable que, par tous ces chemins, nous
renouvellions en nous notre admiration, sans laquelle notre amour ne
saurait se maintenir.
Au fond, tous les saints ont été de grands
passionnés et, le plus grand de tous, saint François
d'Assise, a voulu mourir en écoutant chanter le Cantique du
Soleil. Et saint Augustin, lorsqu’il veut exprimer le mouvement le plus
intime de sa conversion, se tourne vers cette beauté toujours
nouvelle et toujours ancienne qui est au-dedans de nous, et dans
laquelle nous trouvons la plus personnelle et la plus vivante
révélation de Dieu, puisque c'est Dieu
lui-même, caché en nous comme un soleil, dont la
lumière est le jour de notre intelligence et le repos de notre
coeur.
Tous les saints sont de grands passionnés et c'est justement,
parce qu'ils ont l’enthousiasme de Dieu, que leur vie, naturellement,
s'exprime et fleurit en Dieu.
Pour nous aussi, la sainteté, je veux dire cette
plénitude d'adhésion qui fait de la vie divine, comme
disait saint Augustin, la vie de notre vie, pour nous aussi, la
sainteté doit se couler à l'intérieur de cet
élan, de cet attrait qui constitue notre goût essentiel,
qui constitue notre passion maîtresse, et à travers
laquelle nous atteignons à notre enthousiasme le plus total et
le plus profond. Il faut donc que chacun de nous, quittant les chemins
battus, ne se croie point lié à des formules toutes
faites, et ne pense pas qu'il soit indispensable pour prier le matin ou
le soir, de dire quoi que ce soit. L'essentiel est de se recueillir.
L'essentiel est d'écouter. L'essentiel est de
s’émerveiller. Car, lorsqu'on s'émerveille, lorsqu'on
admire, nécessairement on se quitte soi-même, on demeure
suspendu à la beauté de Dieu, on se réjouit de sa
Présence, on se perd dans son amour.
Et, c'est pourquoi l'essentiel pour nous, pour chacun de nous, ce n'est
pas tant de suivre telle ou telle démarche déjà
connue, mais c'est, bien davantage, chaque jour, de nous donner la
possibilité de nous émerveiller. Si chaque jour, nous
respirons, pendant cinq ou dix minutes, le silence où notre vie
retrouve son origine, si chaque jour, Dieu nous apparaît sous des
traits absolument nouveaux, si chaque jour, nous sommes promus, comme
dit un grand poète, à la dignité d'être
admirants, alors Dieu n'aura jamais pour nous ce visage du
déjà vu, qui nous lasse et qui nous ennuie.
Comment Dieu pourrait-il être pour nous, une source d'ennui et de
lassitude s'il est vraiment l'origine de toute beauté, si tous
les chants du monde ont leur source en lui, s'il est le lien de toutes
nos tendresses, et si tous les grands contemplatifs, qu'ils soient
savants, poètes, sculpteurs, musiciens ou mystiques, si tous les
grands contemplatifs à travers l'univers, devenu pour eux,
transparent à Dieu, ont senti en lui la source d'une
découverte qui ne pourra jamais s'épuiser ?
Celui qui aime chante, a dit saint Augustin. Celui qui aime chante,
justement, parce que l'amour jaillit toujours de
l'émerveillement.
Nous voulons donc essayer de découvrir quelle est en nous la
source d'eau vive. Nous voulons aller, chaque jour, à la
rencontre de ce puits de Jacob où Jésus nous attend, pour
nous révéler le secret le plus profond de notre amour.
Nous voulons écouter, nous voulons nous cacher au coeur du
silence. Nous voulons entrer dans cette grande procession de la
Beauté et alors nous découvrirons, en effet, un Dieu qui
nous sera neuf chaque matin, et nous pourrons souscrire à ce
raccourci audacieux, qui bouleverse quelque peu le langage, mais qui
contient une si profonde vérité : Dieu, Dieu, c'est
quand on s'émerveille !
Ne l’oublions pas : «
Dieu, c'est quand on
s'émerveille! ».
.

SEIGNEUR,
JE CHERCHE TON VISAGE.
(Ps 27, 8)
Maurice Zundel
Londres, décembre 1929
Fais-nous un Dieu qui marche devant
nous. (Ex.31/I) : Le cri des Hébreux dans le
désert, le cri éternel
de l'homme.
Il n'y a que Dieu qui puisse nous remplir, mais il n’y a que l'homme
que nous puissions voir. C'est pourquoi, sans cesse, glisse vers
l'homme l'élan qui nous entraîne vers Dieu.
Il n'y a qu'un remède à cette situation, c'est la vie
sacramentelle de l'Église, qui doit se réaliser en nous.
Que
chacun de nous apparaisse à ses frères comme le signe
vivant de la Présence divine, comme un carrefour où
s'accomplissent les échanges de lumière, comme une hostie
qui rayonne de lui.
Alors l'amour qu'on aura pour nous ira plus haut que nous et Dieu sera
le lien vivant, éternel de toutes nos tendresses. Alors nous
connaîtrons toute la joie d’aimer.
Mais ce ne sera qu'après cette mystérieuse
transsubstantiation qui change le pain au Corps du Seigneur. Car nous
ne pourrons vraiment le donner aux autres qu'en étant
transformée en lui.
Et le don de toute notre vie est requis à cet effet.
Nous
croyons avoir une immense faim d'aimer, mais la faim de Dieu est plus
grande que la nôtre. Et c'est seulement pour dilater notre Amour
à la mesure du sien,
qu'il semble parfois briser nos cœurs.
Seigneur dit le Psalmiste, je
cherche ton visage.
Quelle prière convient
mieux à notre faiblesse,
quel cri
exprime mieux nos rêves ?
Et quel plus merveilleux programme que de ranimer en nous, et de
susciter dans nos frères, les traits du visage divin et
d'illuminer nos regards du rayonnement de la lumière
éternelle.
Vous avez été rachetés d'un grand prix, dit saint
Paul, glorifiez et portez Dieu dans
votre corps. (1 Co 6, 20)
Frère Benoît (Maurice Zundel)
COMME
JESUS, AVEC LUI,
SUSCITER EN
CHACUN CE QU'IL A DE MEILLEUR
Maurice Zundel
Londres, novembre 1929
Le triomphe de la grâce, l'apogée de la surnature, c'est
de nous rendre parfaitement naturels.
Un Chrétien est un
être qui ne pose pas. Pose, signifie artifice, plaqué,
mensonge.
Un Chrétien
est vrai, un Chrétien hait par-dessus tout le mensonge. Un
Chrétien ne pose ni pour le bien, ni pour le mal. Il n'a la
coquetterie ni de ses vertus, ni de ses défauts : aussi
éloigné de cette fausse sincérité qui
éprouve le besoin orgueilleux de s'humilier en public, que de
cette amère vulgarité qui prétend se donner comme
elle est.
Ayant sa Mesure en Dieu, qui lui, demeure toujours présent,
s'ajustant à ce regard qui le juge avec vérité,
prenant ses distances en face de cette immense majesté,
délivré par elle de toute appréciation humaine, de
toute vaine gloire et de toute orgueilleuse timidité, et
rassuré en même temps par l'Amour qui peut sans cesse lui
donner ce qui lui manque et dont le voisinage imprime à tout son
être une intime harmonie.
Un Chrétien sait se donner à ses frères, avec tant
d'Amour et tant de respect, avec tant d'intimité et tout
ensemble avec tant de recul, qu'il les laisse toujours libres de soi,
et qu'il réussit parfois à les délivrer
d'eux-mêmes, suscitant en eux ce qu'ils ont de meilleur, pour
qu'eux-mêmes s'harmonisent, à leur tour, dans cette
glorieuse liberté des enfants de Dieu.
Le Christ hostie
apparaît, ici, comme l'idéal inexprimable de ces relations
humaines établies selon l’Esprit : Si proche et si discret, si
pressant et si patient, si saint et si
miséricordieux, si avide de notre amour et si respectueux de
notre liberté.
Qu'Il nous donne d'être pour nos frères, un pain vivant,
et qu'ils ne nous quittent jamais sans s’être nourris de lui.
Frère Benoît
(Maurice Zundel)
| |
| |
Coin méditation
La
nouveauté de la Nouvelle Alliance, c'est de situer Dieu au
plus intime de nous-même, comme une source de vie
éternelle.
L'Évangile (la Bonne Nouvelle), c'est de nous avoir
délivrés d'un dieu extérieur à nous, pour
nous conduire à un Amour
caché en nous.»
Maurice Zundel, dernière
homélie, prononcée en
février 1975
| |
Actualités
Actualités
Journée d'amitié Maurice
Zundel de l'AMZ-France, le 23 septembre prochain.
Pour informations, cliquez sur le menu <Associations et liens>,
ensuite sur le sous-menu
<Les AMZ en France>.
| |
Services
Témoignages
Commentaires
Ils sont les bienvenus et seront toujours appréciés.
Pour nous les faire
parvenir ou pour obtenir plus d'informations, cliquez sur la petite
enveloppe
au bas de cette colonne.
| |
|
|