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Vérité et liberté  (1965)  15 pages

La joie chrétienne  (1964)  4 pages

La pauvreté de Dieu  (1963)  5 pages

Le vrai visage de Dieu  (1960)  5 pages





*  *  *  *  *


 
Si l'injustice semble triompher souvent dans le domaine matériel, si l’ordre établi consacre tant d'iniquités, si l'intérêt d'un petit nombre, avec la complicité, hélas ! de tous nos égoïsmes secrets, rend presque impossible l'instauration d'une économie vraiment humaine, il y a pourtant une justice qui se réalise ici-bas, dans le témoignage que le coeur rend aux valeurs véritables.

Nous sommes très souvent dupes du succès, éblouis par les galons, flattés par les titres, subjugués par l'argent. Nous nous grisons de paroles, nous quêtons les compliments, nous nous empressons auprès des gens arrivés pour qu'ils nous fassent la courte échelle.

Mais tout cela demeure extérieur à nous. Notre âme en sent le vide dès qu'elle se souvient d'elle-même. Ce qu'elle ne fait jamais aussi bien qu'en rencontrant dans un être un élan de véritable bonté.

Quel mystérieux baptême sont ces larmes que nous refoulons à peine, quand un visage d'amour traverse notre regard, en nous révélant le monde que nous croyions peut-être aboli, et auquel nous sentons maintenant que nous appartenons par toutes les fibres de notre être : le monde de l'esprit et de la qualité, du silence et de la clarté.

Nous étions là comme d'autres jours, engagés dans les mêmes gestes, esclaves des mêmes attitudes, et cette lumière a passé, faisant surgir au-delà de cet automatisme opaque, au-delà des routines vulgaires, une Présence encore voilée, mais aussitôt reconnue en l'émoi qu'elle suscitait en nous. C'était comme un lever d'aube dans la nef d'une cathédrale, quand les vitraux sortent de la nuit, en laissant voir, dans la matière diaphane, tout un peuple divin qui chante le Cantique du Soleil.

Cette expérience, tous ceux qui l'ont vécue le savent, est indépendante de toute condition de race, de culture, de milieu, d'âge ou de sexe.

Tout être est capable de nous faire ce don merveilleux qui nous découvre l'humanité vraie. Et ceux qui nous l'ont fait sont à jamais nos bienfaiteurs, quand bien même nous ne les aurions aperçus qu'une seule fois sur la route, car la seule chose qui compte vraiment en nous, c'est ce fonds lumineux dont chacune de ces rencontres a augmenté la richesse.

D'autres peuvent avoir apparemment plus de titres à notre reconnaissance, qui sauraient bien nous les rappeler au besoin.

C'est pourtant ainsi que le véritable discernement s'accomplit.

Notre estime et notre enthousiasme vont spontanément à ceux dont la bonté toute gratuite nous a appris ce que c'est qu'être homme. Les autres admirations sont de commande ou de surface, celle que nous leur vouons coule de source et ne tarit point. Ils constituent pour nous la grande révélation : celle qui s'atteste comme lumière de vie en la transparence d'un être où le divin Visage resplendit.

Comment ne dirais-je pas ici tout ce qu'un prêtre reçoit des âmes qui viennent auprès de lui chercher la Parole d'un Autre, et qui voit tous ces mots qu'il prononce devenir vivants de leur vie.

Aucun contact ne nous apprend mieux combien sont inexistantes les barrières de classes, et superficielles les barrières de peuples; aucune rencontre ne fait saisir plus vivement l'universalité de l'Église : comment ne pas voir les enfants d'un même Père en tous ces visages tendus vers la même Lumière ?

Une humanité spirituelle existe déjà, en vérité, et, dans l'écroulement de toutes les hiérarchies humaines, l'Esprit de Dieu ne cesse de susciter l'aristocratie silencieuse des âmes, qui attestent que pour être, il faut se donner.

C'est par là que les iniquités sociales, sans cesser d'être crimes, sont mystérieusement annulées : par l'action rayonnante de la vie intérieure, qu'il est aussi impossible de contrefaire qu'il est impossible de l'arrêter.

Les hommes célèbres deviennent le plus souvent personnages de l'histoire, les saints, pour toujours, appartiennent au présent.

C'est ainsi que se manifeste dès ici-bas la vraie justice qui est l'ordre de l'amour. Ce que l'on fait n'importe pas, mais ce que l'on est : la qualité d'être ne pouvant d'ailleurs se maintenir en dehors d'une certaine qualité d'action où sa valeur s'exprime.

Qu'y aurait-il de changé dans le monde si je venais à disparaître, disent les découragés, ma vie n'est utile à personne ?

Mais alors, pourquoi Dieu vous la donne-t-Il aujourd'hui, dans les circonstances où vous êtes, Lui qui les connaît mieux que vous, si vous n'êtes nécessaire à l'équilibre de l'univers, si chacun des battements de votre coeur n'est indispensable à l'accomplissement de sa vocation divine.

Si vous ne pouvez plus rien faire, si vous êtes infirme et seul, si l'on vous a remplacé par une machine comme on le ferait d'un outil, vous demeurez toujours capable de l'action qu'une âme vivante peut seule accomplir, et sans laquelle toute notre civilisation matérielle n'est qu'une immense barbarie : aimer.

A quoi sert que les hommes puissent communiquer d'un pôle à l'autre en l'espace d'un éclair, s'ils n'ont plus rien d'essentiel à se dire, s'ils sont également vides de l'unique nécessaire ?

Et quel avantage à ce qu'ils disposent tous de la même technique s'il n'en doit résulter qu'une concurrence plus meurtrière et une misère plus générale ?

Il n'y a que l'esprit de pauvreté qui use bien de la richesse, il n'y a que le désintéressement de l'amour qui rend clairvoyant.

Pourvus d'instruments merveilleux qui pourraient être l'expression d'une communion universelle, nous les avons employés à construire la cage où nous sommes inexorablement enfermés, pour avoir voulu sauver l'argent plutôt que l'homme.

En fait, rien n'est plus tragiquement certain, nous avons renié l'homme. En mettant une énergie farouche à sauvegarder les appuis matériels de la vie, nous sommes devenus indifférents à sa vie. Et des millions de jeunes gens demain (Ceci était écrit avant le mois d'octobre 1935) périront peut-être, pour assurer ce Pain dont ils ont pu manquer déjà, et qu'ils ne mangeront plus.

Nous avons renié l'homme, nous n'avons pas pris au sérieux les richesses de son esprit et de son coeur, qui sont les seules valeurs proprement humaines.

Mais Dieu, Lui, ne renie jamais ceux auxquels Son amour ne cesse de donner l'être, et Il a promulgué ce commandement unique qui vise au plus haut de nous-mêmes, et qui situe au-dedans toute notre noblesse et toute notre grandeur :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, et de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi- même. »

N'est-ce pas là toute la religion : Dieu est Amour, il faut L'aimer et le faire aimer, en aimant.

Quand l'Église, au XVIIIe siècle, voulut répondre aux arguments des Encyclopédistes qui prétendaient mesurer au compas de leur logique les mystères de l'éternel Amour, elle promulgua le culte du Sacré-Coeur, comme pour ramasser en ce symbole ineffable, tout ce que l'on peut savoir de Dieu :

Dieu est un coeur
Dieu est tout coeur
Dieu n'est qu'un coeur.

Il était impossible de donner de l'Évangile une traduction plus émouvante, et de résumer plus simplement tout à la fois ce que nous devons croire de Dieu et ce que nous devons faire pour nous approcher de Lui.

Le seul péché, au fond, n'est-ce pas de ne pas l'aimer, et ne sommes-nous pas virtuellement livrés à tous les désordres dès que nous ne sommes plus sous la garde de Sa présence ?

Nous sommes généralement beaucoup plus honteux des transgressions qui éclatent au dehors ou qui s'inscrivent dans la chair. Et pourtant, ce ne sont là que les conséquences et les symptômes de cette faute qui est le principe de toutes les autres  : le refus d'amour qui nous sépare de Dieu.

C'est ce défaut de transparence au centre qui produit le trouble à la périphérie. Aussi bien le premier mouvement d'une âme qui prend conscience de ses défaillances doit-il être un élan d'amour vers le Père qui l'attend, et dont la présence est son Pardon (Il est lui-même le pardon des péchés.)

Le péché n'est pas une dette inscrite dans un livre. C'est nous-mêmes en état de refus. La lumière nous envahira aussitôt que nous nous ouvrirons.

Nous ne pourrons sans doute jamais aimer autant que nous sommes aimés. Nous pouvons, du moins, aimer chaque jour davantage, en nous efforçant d'être toujours plus sincèrement tout coeur pour Dieu et tout coeur pour nos frères.

« Là où il n'y a pas d'amour, mettez l'amour, et vous extrairez l'amour », dit saint Jean de la Croix.

Il n'y a pas de maxime plus chrétienne, il n'y a pas de programme plus beau.

L'humanité peut encore être sauvée, et elle le sera, dans la mesure où nous estimerons la vie plus que l'argent, et le coeur plus que l'action, et Dieu plus que tout.

La route sera longue, mais nous pouvons commencer, en essayant de vivre à plein l'instant présent, pour rendre plus fécond celui qui suivra, le regard fixé sur la Lumière qui nous conduit :

Lead kindly light
Amid the encircling gloom,

chantait Newman, sûr de son amour mais incertain de ses voies :

Conduis-moi, ô très douce Lumière,
Dans les ombres qui m'environnent,
Conduis-moi,
La nuit est sombre et je suis loin de mon foyer,
Conduis-moi,
Je ne demande pas à voir les horizons lointains,
Un seul pas à la fois, c'est assez pour moi,
Conduis-moi,
ô très douce Lumière.




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V  É  R  I  T  É    E  T    L  I  B  E  R  T  É

Maurice Zundel

À propos de la liberté religieuse

Publié dans Le Lien  Revue grecque melkite catholique
Vol. XXX - N°1 - mars 1965, Le Caire, Égypte
puis dans La vérité, source unique de liberté, Éd. Anne Sigier



Ayant été édifié par une conférence sur la liberté religieuse, donnée par le P. Maurice Zundel, au Centre d'Etudes grec-catholique " Dar Es-salaam ", au Caire, j'ai demandé à l'éminent conférencier de bien vouloir rédiger cette conférence à l'intention des lecteurs de notre Revue "Le Lien". C'est ce numéro spécial du "Lien" que j'ai l'honneur et la joie d'offrir aux Excellentissimes Pères Conciliaires, à l'ouverture de la quatrième Session du Concile Vatican II, en sollicitant leurs prières à l'intention de l'auteur et de moi-même
Elias Zoghby,
Archevêque titulaire de Nubie


La vérité, est-elle quelque chose ou quelqu'un ?


1 - Le Contexte historique.

En cette seconde moitié du vingtième siècle, où les machines électroniques accomplissent des prodiges d'automatisme intelligent, où les cosmonautes s'évadent de la terre, où le radiotélescope français de Nançay s'apprête à capter des ondes émises il y a dix milliards d'années, où la questions d'autres mondes habités se pose avec plus d'intérêt que jamais, où la valeur de la logique traditionnelle est contestée par des penseurs engagés dans les plus sérieuses recherches, il est impossible de parler avec la moindre chance d'être entendu, sans tenir compte de l'immense changement d'échelle, introduit dans notre vision du monde par les plus récentes conquêtes de la science, dont la radio, la télévision, les films documentaires et les illustrés diffusent partout les réalisations spectaculaires.

Il est inutile de dire que toute tentative de freiner une telle audace et un tel progrès est vouée à l'échec et que les savants n'attendent la permission de personne pour accélérer les découvertes qui accroîtront le pouvoir de l'homme un l'univers.

C'est ce contexte historique, dans lequel s'inscrit nécessairement tout message destiné à l'homme d'aujourd'hui, qui rend si difficile une déclaration sur la liberté religieuse, si elle veut être comprise par tous : et d'abord par les savants qui jouissent d'une audience universelle, par les croyants qui professent une autre religion que la nôtre et par les incroyants qui considèrent toute religion comme attentatoire à la grandeur humaine.

Le désaccord qui s'est manifesté à la fin de la troisième session de Vatican II a fourni la preuve que les Pères conciliaires étaient conscients de la difficulté et partagés entre le désir d'une très large ouverture au monde contemporain et la crainte d'abandonner, avec trop de hâte, une position consacrée par une longue tradition

2 - L'argument traditionnel.

Cette tradition peut se résumer sommairement dans l'argumentation suivante : la vérité a seule des droits, l'erreur n'en a point. Si elle est capable d'un droit quelconque, il est évidemment impossible d'admettre qu'elle ait les mêmes droits que la vérité. Ce privilège exclusif vaut pour toute vérité. Il appartient cependant par excellence, aux vérités révélées avec la garantie de la science et de la véracité divines.

Nous pouvons à la rigueur tolérer l'erreur, si nous n'avons pas le pouvoir de l'extirper, comme nous devons, jusqu'à un certain point, tolérer le péché auquel si peu d'hommes échappent : en nous gardant d'ailleurs, d'oublier que l'erreur est pire, puisque l'on peut pécher tout en reconnaissant les principes qui condamnent le péché, tandis que l'erreur nous induit aisément à les nier ou à les corrompre.

Nous devons donc tout faire pour préserver l'esprit humain de l'erreur et pour empêcher la diffusion de celle-ci. On ne saurait hésiter à engager un tel combat, si l'on admet - comme il le faut - que la vérité est le bien de l'esprit. Et non seulement, le bien, mais encore, surtout s'il s'agit de vérités révélées, le devoir de l'esprit. Comment, en effet, récuser une vérité proposée et garantie par Dieu, sans nier Dieu ?

Bien sûr, nous devons reconnaître que des hommes de bonne foi ne parviennent pas, de fait, à discerner la vérité. Nous pouvons donc être amenés à tolérer leur erreur, en raison précisément, de leur bonne foi. Il reste que leur erreur est en soi un mal que nous devons réprouver, endiguer et combattre tout en usant d'indulgence envers les personnes supposées jusqu'à preuve du contraire, être de bonne foi.

3 - Objections.

Une telle argumentation, abstraitement impeccable, a convaincu et convainc encore beaucoup d'esprits sincères, dont les plus ardents la soutiendraient jusqu'au martyre.

Une première difficulté cependant - en nous bornant pour l'instant à la considération des seules vérités révélées - surgit du fait que plusieurs grandes religions se donnent pour révélées et se croient dépositaires d'une vérité absolue, puisque divinement garantie. Il suffit que chacune se réclame de l'argument qui vient d'être esquissé pour qu'elles soient toutes tenues de le combattre - dans la mesure tout au moins où elles diffèrent - en admettant, au maximum, un régime de tolérance vigilante, les unes à l'égard des autres. Ce qui ne peut manquer d'agir comme un ferment de division entre les hommes.

Une deuxième difficulté résulte de la chasse à l'homme que l'application rigoureuse du principe a provoquée dans la chrétienté - pour nous en tenir à ce qui nous concerne - en faisant un crime de tout dissentiment exprimé à l'égard de la foi officielle.

On connaît le raisonnement d'une certaine théologie médiévale : Les faux-monnayeurs sont punis parce qu'ils altèrent la monnaie, à combien plus forte raison, doivent être punis les hérétiques obstinés qui altèrent la doctrine révélée "

Mais la pratique remontait plus haut que cette justification scolastique. Théodose I avait frappé d'intensité jusque dans la vie privée, toutes les manifestations du "paganisme", comme Charlemagne faisait assassiner les Saxons, convertis de force, quand ils n'observaient pas la discipline du carême.

L'inquisition avec ses prisons, ses fortunes et ses bûchers, les guerres de religion avec toutes leurs atrocités et d'innombrables explosions de fanatisme, se sont autorisées du droit exclusif dont la vérité a le privilège

4 - L'Impasse.

Allons-nous conclure pour désavouer ces excès que l'erreur a les mêmes droits que la vérité, qu'une révélation divine ne peut fonder aucune obligation et que chacun demeure libre de l'accepter ou de la refuser ?

Le débat aboutit, visiblement, ici, à un point mort. Si nous ne pouvons nous résoudre à dire que l'erreur a les mêmes droits que la vérité il nous faudra réaffirmer que la vérité a seule des droits et nous serons entraînés à justifier ces excès ou d'autres moins sanglants, puisqu'il paraît logique d'user de contrainte à l'égard de l'erreur : dans la mesure même où elle s'oppose à la primauté exclusive de la vérité et à ses droits souverains. La seule chance de sortir de cette impasse est peut-être de nous poser nettement ces deux questions :
  a)    Qu'est-ce que la vérité ?
  b)    Que peut signifier et comment reconnaître une révélation divine ?

5 - Qu'est-ce que la vérité ?
 
a)  Les options passionnelles.

Remarquons tout de suite l'impossibilité d'atteindre à la vérité dans un état passionnel. La plupart des discussions sont viciées par les exigences d'une subjectivité complice de ses limites. Chacun veut que ce qu'il affirme soit la vérité. Les raisons viennent ensuite. 0n les découvre pour les besoins d'une thèse posée a priori. On peut bien dire alors des choses vraies : l'éclairage passionnel les fausse. 0n majore le poids des arguments favorables. 0n tait ou l'on escamote les objections.

" La vérité, écrit saint Augustin, est aimée à ce point que ceux qui aiment autre chose (qu'elle) veulent que ce qu'ils aiment soit la vérité." (Confessions X. XXIII. 34)

C'est inévitable. La vérité engage l'être. Qui voudrait consciemment construire sa vie sur un refus d'être ? Mais voilà précisément le cercle vicieux : on voit comme on est ou, plus exactement, selon ce que l'on choisit d'être.

Ce qui veut dire, le plus souvent, selon les appétits du moi possessif avec lequel nous sommes généralement portés à nous identifier, en prenant le parti de nos préjugés individuels ou collectifs. Pour voir autrement, il faudrait changer de regard et, pour changer de regard, il faudrait changer d'être : en évacuant le moi passionnel qui nous envoûte, en refusant de subir l'être préfabriqué que nous tenons de notre naissance charnelle, avec toutes les limites qu'il nous impose.

b)  Univers-chose et Univers-personne.

 On voit poindre ici, l'exigence suggérée par Paul Claudel dans le jeu de mots justement célèbre : " Connaître c'est co-naître." Pour connaître authentiquement, il faut naître à une vie authentique. De quelque chose que l'on est d'abord, comme disait Flaubert, il faut devenir quelqu'un : en passant, selon la terminologie augustinienne, du dehors au-dedans. Pour atteindre à la vérité, autrement dit, il faut devenir une personne.

Cela implique immédiatement que la vérité se situe et se révèle, non dans l'univers des forces aveugles qui dynamisent nos passions, mais dans l'univers personne que nous avons à constituer en nous affranchissant de notre moi biologique.

Cette conclusion soulève pourtant une objection

c)  Le Point de vue du technicien.

Un technicien peut apprendre, en effet, sans avoir besoin de se dépasser, qu'un cent-millionième d'antimoine doit s'ajouter à la masse du germanium pour obtenir la conductibilité électrique appropriée au bon fonctionnement d'un transistor. Ce n'est là qu'un exemple entre des milliers d'autres, qui nous autoriseraient à dire : il n'est pas nécessaire d'être libéré de soi, comme doit l'être une personne accomplie, pour connaître exactement la correspondance entre un phénomène et les moyens de le provoquer.

Sans doute, mais peut-on parler ici de vérité ?

Les techniques ne cessent de se modifier selon que notre prise sur la nature est plus ou moins fine. La réalité des choses apparaît autre à mesure que s'accroît notre pouvoir de la pénétrer, de la transformer et de susciter des phénomènes qui ne se trouvent pas dans la nature et qui résultent exclusivement de notre intervention. Le visage du monde est, de ce fait, pour nous tout au moins, en perpétuelle mutation. Réduirons-nous la vérité au "c'est comme ça" provisoire auquel aboutissent les moyens dont nous disposons aujourd'hui : quitte à le rejeter comme erreur demain ? Peu de techniciens, vraisemblablement, se posent la question.

La maîtrise des énergies cosmiques, que nous sommes en bonne voie de conquérir, exige en effet un tel effort d'invention, une telle tension en avant et au-delà du pollen atteint, que la nouveauté des découvertes semble suffire à la curiosité de bon nombre de chercheurs qui ne visent qu'à étendre notre pouvoir sur l'univers, sans avoir besoin d'autre vérité que la réussite qui sent de test à leurs projets.

Mais de ce pouvoir qu'allons-nous faire ? Le monde nous laisse capter ses énergies, mais il reste aveugle et inconscient et ne peut nous donner aucun conseil. C'est à nous de décider de l'usage que nous ferrons de notre puissance. Mais qui sommes-nous ?

d)  L'attitude du savant.

Ces admirables conquêtes techniques, il faut bien le reconnaître, ne nous ont guère transformés. Les hommes continuent à manger et à boire selon leurs moyens, à respirer l'oxygène de l'air ambiant et à se reproduire. Ils continuent à naître et à mourir, à souffrir et à se faire souffrir, à s'accepter comme ils sont, sans savoir qui ils sont, à dépendre de l'univers qui les porte, sans le comprendre et à subir leur biologie, en se laissant mouvoir par des impulsions cosmiques qui les rendent aussi aveugles que les forces qui les mènent.

La science n'avait-elle pas de plus hautes ambitions ? Ne visait-elle pas à la promotion de l'homme par la compréhension de l'univers ?

On n'en saurait douter en lisant "La joie de connaître" de Pierre Termier, les déclarations d'Einstein sur le "sentiment mystique", "semence de toute science véritable", sur "l'émerveillement et le respect" sans lesquels un homme "est comme s'il était mort", et ces pages inattendues et si merveilleusement humaines, qui terminent son "peut-on modifier l'homme" où Jean Rostand affirme, avec la plus émouvante ferveur, que la dédicace de tout son être à la vérité, est l'unique passion du savant.

e)  Un lien de liberté avec l'univers.

Comment justifier cette ferveur et où situer cette vérité qui éclaire de la même flamme la recherche du physicien et du biologiste, de l'astronome et du géologue, comme celle du mathématicien dont toute science est aujourd'hui tributaire ?

Il nous semble que la seule réponse qui rende compte de la lumière que tant de savants ont puisée et puisent encore dans leurs contacts avec l'univers matériel et de la noblesse de leurs vies entièrement consacrées à le comprendre : c'est qu'ils se sont sentis et se sentent toujours liés à lui par un lien de liberté, au lieu de le subir comme font la plupart des hommes.

Rivés à lui par leurs besoins organiques, ils se sont affranchis de lui en nouant avec lui un dialogue rationnel, issu spontanément de la conviction que l'intelligence humaine n'aurait jamais pu surgir d'un monde aveugle et qui l'ignore, pas plus qu'elle ne pourrait se satisfaire en ne rencontrant jamais que le mur opaque d'une réalité totalement étrangère à l'esprit.

Ou bien, en effet, nous ne sommes qu'une chose parmi les choses, un faisceau d'énergies aveugles qui a émergé au hasard comme une moisissure et rien ne signifie rien ; ou bien notre enracinement dans l'univers suppose qu'il est, d'une certaine manière, lié à notre intelligence comme nous sommes liés à ses énergies.

Mus par la certitude d'une telle réciprocité, les savants ont été un pont immatériel entre nous et l'univers. Ils l'ont reconnu intelligible, ils l'ont cru pensable et capable de vivre en notre pensée; ils l'ont intériorisé en faisant de lui la nourriture de leurs méditations et en l'éclairant par les exigences de leurs calculs.

Et ils se sont si bien affranchis de sa matérialité qu'ils se sont libérés de la leur, en dépassant leurs propres limites dans la lumière qui leur venait par lui.

Sans doute, elle n'émanait pas de lui, mais elle se transmettait par lui, pour s'actualiser en eux. Le dialogue engagé par eux avec le monde portait plus loin que lui et plus loin qu'eux-mêmes. Se déplaçant chacun sur un segment différent de la circonférence représentant les phénomènes, ils se sentaient tous liés à un centre identique et toujours nouveau où respirait une Présence unique qui les comblait : comme c'est autour de la beauté que toutes les oeuvres d'art gravitent.

Les formules et les théories qui résumaient leur vision du monde, pouvaient - en fonction de leur prise plus ou moins rigoureuse sur les phénomènes - se modifier, se compléter, se corriger, s'opposer parfois ou être remplacées par d'autres entièrement différentes, dans une vision plus ample, comme c'est le cas de la gravitation dans l'hypothèse d'Einstein comparée à celle de Newton. La vérité dans son essence ne tenait pas à elles.

Elle se concentrait dans cette Présence dont le jour se levait en eux, comme une intimité s'annonce à l'intimité qui l'accueille et ils la reconnaissaient toujours à ceci : qu'elle les libérait d'eux-mêmes dans l'espace diaphane où circulait sa clarté.

Sous cet aspect, le seul essentiel, on peut dire qu'il n'y avait, qu'il n'y a toujours pour eux, qu'une seule vérité, vivante et ineffable, qui s'atteste comme la source unique de leur liberté. Ils ne la nomment pas. Ils n'en sont pas, le plus souvent, distinctement conscients. Mais c'est elle qui suscite leur amour et qui est la fontaine de leur joie, comme c'est à elle que leur vie se consacre et que s'adresse leur ferveur.

f )  Un lien de liberté avec soi.

On voit que, toujours aimantés par le même centre auquel ils vouent, comme à Quelqu'un, le plus intime d'eux-mêmes, les savants, en même temps qu'ils nouent un lien de liberté avec l'univers, contractent aussi un lien de liberté avec eux-mêmes. Cette double promotion du réel et d'eux-mêmes est leur manière de devenir quelqu'un, de se faire personne : dans l'univers nouveau qu'ils découvrent et auquel ils accèdent en échappant aux options qui altèrent en nous la vérité, laquelle a besoin, canine la Présence infinie qu'elle est, d'un espace illimité pour se manifester sans se réduire à une mesure qui la trahit.

Si la vérité du savant, la vérité qui inspire, comme dit Einstein, le sentiment mystique qui est "la semence de toute science véritable", est bien celle que nous venons d'entrevoir, si elle s'atteste, dans l'espace ouvert par le don de soi, comme la lumière d'une Présence infinie qui nous rend libre de nous, nous pressentons déjà dans quelle direction il faudra chercher la réponse à notre seconde question.

6 - Que peut signifier et comment reconnaître une révélation divine ?

a)  Dans la lumière de l'intimité divine.

Une révélation divine, au stade définitif, tout au moins, ne saurait se situer sur un plan inférieur à celui de la science qui est déjà un dialogue avec Quelqu'un. Insistons une dernière fois sur ce point.

La tempête qui engloutit un navire ne se soucie pas de la dignité des hommes qui périssent. Les hommes qui périssent ne peuvent davantage s'incliner devant la dignité de la tempête. Si l'univers n'était qu'un rouleau compresseur soustrait à toute exigence intelligible, si nous ne pouvions que le subir et nous subir, il n'y aurait pas de vérité.

La vérité suppose la possibilité d'un lien de liberté avec l'univers comme avec nous-même. Elle suppose que nous pouvons crever l'enveloppe de cet univers-chose, de ce monde aveugle et qui nous aveugle, et atteindre, à travers lui, dans un nouveau contexte, un univers humain où devienne possible un dialogue de personne à personne. Autrement, pourquoi une science authentique exigerait-elle un esprit affranchi de toute passion désordonnée ?

Ceci dit, nous pouvons tout de suite affirmer qu'une révélation divine, si elle s'ajoute à celle dont l'univers du savant est le truchement, ne pourra se situer dans l'univers chose où nous emprisonnent nos options passionnelles. Elle pourra éventuellement, dans sa phase initiale plus particulièrement s'exprimer - sans aucunement s'y lier - dans le langage élémentaire d'une humanité encore fortement ancrée dans la matière et être transmise par des hommes encore insuffisamment affranchis d'eux-mêmes ; mais ce sera pour déposer en eux - ou tout au moins à travers eux et au bénéfice des autres - un ferment de libération qui les aimantera vers un personnalisme où ils cesseront de se subir : avec une orientation plus explicite et une impulsion plus efficace que celles que pourrait leur imprimer aucune science dont ils seraient capables.

Cette efficacité résultera, on peut le présumer, d'une manifestation proprement personnelle du centre originel de l'univers personne, explicitement reconnu comme une présence distincte de nous et attesté finalement - quand la révélation aura atteint sa pleine maturité - comme une intimité transcendante enracinée dans la nôtre et seule capable de sceller notre autonomie, en nous faisant passer du moi possessif au moi oblatif ou ce qui revient au même, du dehors au-dedans, pour citer une fois de plus les mots d'Augustin dans l'inépuisable confidence de sa conversion : " Tu eras intus et ego foris" (Confessions X, XXVII)

Dieu en personne s'attestant en tant que personne, dans la lumière qui ne peut émaner que d'une personne infinie, pour faire de nous des personnes : c'est, très approximativement, le schéma élémentaire selon lequel on peut concevoir une révélation divine qui puisse dépasser la science - en tant que celle-ci crée déjà un lien de liberté avec le monde et avec nous-mêmes - en la confirmant et en la comblant sans mesure.

b)  Une seule et même vérité.

Comme l'intimité d'une âme se rend présente à l'intimité de celle à laquelle elle se communique par la lumière dont elle est le foyer et ne peut se manifester autrement : on peut prévoir qu'une révélation surnaturelle se réduira, dans son essence, à ce qui est requis pour que la lumière de l'intimité divine nous puisse introduire dans la vie personnelle de Dieu

Dans cette perspective, la vérité révélée pour elle-même - non en vue d'autre chose - s'identifierait toujours avec la manifestation personnelle de Dieu dans une lumière issue de son intimité et transparaissant à travers les événements et les visages qui devraient inscrire sa présence dans notre histoire.

Tout ce qui ne concerne pas immédiatement cette rencontre - la plus intime qui soit - n'intéresserait donc une révélation authentique qu'au titre de moyen et d'instrument : pour signifier et provoquer cette identification personnelle de nous-même avec Dieu.

Comme la maison où s'abrite l'union conjugale a son foyer in visible dans l'amour des époux et ne subsiste que par lui, le cadre historique et les agents humains d'une révélation divine - pour indispensables qu'ils soient - s'effaceraient dans la Présence unique, lisible en filigrane dans les éléments visibles figurés par sa lumière. On n'aurait jamais affaire qu'à Dieu, sans être, à aucun moment, prisonnier des situations ou des êtres à travers lesquels il se manifesterait.

Cette exigence libératrice se vérifierait, tout aussi rigoureusement au sein d'une communauté qui aurait la mission de conserver et de proposer une Révélation parfaite et définitivement accomplie. Il ne pourrait s'agir, en effet, que d'une communauté mystique où une communion humaine - universelle par vocation - conditionnerait la communion avec Dieu, d'une communauté-Sacrement où tout le dehors devrait être pris par le dedans, d'une communauté enracinée en Dieu, en un mot, et reconnue dans sa lumière comme elle n'existerait que pour nous plonger en lui.

Sous réserve de ces conditions, on pourrait dire qu'une révélation authentique devrait se développer intégralement dans le champ d'une seule et même vérité : Dieu en personne, manifesté comme tel dans la lumière qui rayonne de son intimité, de même que la maison nuptiale s'éclaire uniquement par l'amour des époux, qui se nourrit, justement, de l'échange de la lumière issue de leurs personnes

Le sens ultime d'une révélation divine, aussi bien, ne serait-ce pas ce dialogue nuptial, vécu et chanté par tant de mystiques, où nous sommes "guéris de nous" et affranchis de nos limites dans la respiration de l'éternel amour ?

c)  Le critère pratique

C'est pourquoi, si nous nous demandons comment reconnaître une révélation qui se développerait dans la direction dont nous venons très sommairement d'indiquer la courbe, nous croyons pouvoir répondre : à sa puissance effective de libération de l'homme et de l'univers.

Il s'agit là, évidemment, d'un critère concret et pratique, mais à quel autre recourir si l'on vise à une prise réelle sur les hommes et sur les événements ?

Rien ne sonne creux comme le procès intenté au matérialisme au nom d'un idéal dont on exalte la sublimité, si l'on n'en vit pas, en en tirant pratiquement toutes les conséquences. Aussi bien, quand les chrétiens se présentent comme les champions de la dignité humaine en se référant à des textes évangéliques, quel effet en peuvent-ils attendre, s'ils ne mettent pas la main à la pâte, en déployant concrètement tous leurs efforts pour que cette dignité soit reconnue en chacun et garantie à chacun ?

Mais la dignité humaine ne se confond-elle pas avec l'avènement de la personne dans l'expérience libératrice, si profondément évoquée par Augustin qui fait de chacun le centre et le révélateur d'un monde nouveau : dans sa transparence au centre divin en qui il s'affranchit de soi et où il puise, comme dit le même auteur, la vie de sa vie.

Devant quoi d'autre, Jésus était-il à genoux au lavement des pieds ?

Avons-nous autre chose à transmettre aux hommes que ce qu'il voulait susciter dans le cœur de ses Apôtres, en recourant à ce geste suprême pour les rendre attentifs au trésor infini confié à toute conscience humaine ?

7 - Vérité et Liberté.

a)  Universalité absolue.

Si le christianisme a pour mission essentielle de communiquer la Présence libératrice en personne, avec toute l'ampleur de sa manifestation dans le Christ, il ne le peut faire efficacement qu'en fournissant la preuve concrète d'une universalité sans frontière.

Tout ce qui est exclusivement propre à une race, à une classe, à une nation, à une culture, à un langage, à un rite, à une tradition locale : tout ce qui est particulier en un mot, tout ce qui implique un élément étranger à une partie quelconque de l'humanité, doit s'effacer, cela va sans dire, dans la présentation d'un témoignage qui s'adresse à tous les hommes. Mais comment découvrir le langage universel où tout homme se reconnaîtra sans revivre constamment l'expérience où l'on devient réellement quelqu'un en s'affranchissant de soi

Dans un univers de personnes, en effet, la lumière jaillit d'une présence authentique, dont le dépouillement engendre l'espace diaphane où la Présence infinie se fait jour.

Les mots, ici, ne comptent pas : à moins de sourdre de la vie et d'en offrir la transparente communication. C'est précisément ce qui exige une radicale démission de soi - comme celle du lavement des pieds - de tout homme appelé à concourir à la libération d'autrui.

b)  Respect du mystère d'autrui.

La vie intérieure des autres nous échappe. Celui qui paraît hérétique peut être le Bon Samaritain. Celui qui donne à Dieu un autre nom que nous, celui même qui la vie en raison des limites où une centaine tradition l'a emprisonné, peuvent en vivre plus profondément que nous. Est-il présomptueux de penser que l'un et l'autre le pourront reconnaître, s'il n'a d'autre visage en nous que la Présence libératrice où chacun naît à soi ?

Si nous nous mettons à la place des autres, nous sentirons aisément combien nous serrions blessés de n'être pas pleinement acceptés dans la sincérité de nos convictions - quelles qu'elles soient, dans le respect de l'honnêteté naturelle - et combien nous offenserait la tolérance dont on voudrait bien nous faire l'aumône.

Aussi bien ne s'agit-il pas de remplacer une formule par une autre, comme si les mots par eux-mêmes pouvaient changer la vie : mais de laisser vivre et transparaître en soi la Présence qui est pour chacun, identiquement, la vie de sa vie.

c)  Nature du dogme chrétien.

Le dogme chrétien, tout particulièrement, répugne à l'identification matérielle de la vérité avec une formule. Il n'est pas, en effet, une " weltanschauung ", un système ou une explication du monde-chose, où il est de toute manière impossible de situer la vérité. Il est le rayonnement personnel du premier amour, à travers les mots-sacrements qui communiquent la lumière de son intimité.

Il tire son origine de la vie trinitaire, de la désappropriation relative où le personnalisme divin s'identifie avec une éternelle charité. Il s'inscrit dans l'histoire par la désappropriation radicale qui livre l'humanité du Christ, dépouillée de sa subsistance connaturelle, à l'emprise du Verbe qui la revêt de sa subsistance propre, en l'affranchissant de toute limite et en fondant par-là même, l'universalité absolue qui est l'apanage du second Adam.

Il nous est proposé par l'Eglise, enfin, dont l'infaillibilité résulte de la désappropriation rigoureuse qui permet de l'identifier avec Jésus - comme Saul fut amené à le faire sur le chemin de Damas - en l'effacement total en Jésus de tout ce qui n'est pas lui.

d )  Désappropriation.

Nous retrouvons analogiquement, à tous les degrés de cette échelle de lumière, le même caractère de désappropriation, de mystique de pauvreté, parce que celle-ci, semble-t-il, est seule capable d'engendrer l'espace d'amour où la vérité surgit comme une Présence et s'atteste comme une personne ; qui cherche en nous la personne que nous avons à devenir, en nous désappropriant de nous-mêmes pour naître librement à nous-mêmes.

N'est-il pas frappant de rencontrer, au centre du christianisme, une révélation qui porte essentiellement sur la personne : en Dieu, en Jésus et, finalement, en nous par le chemin de la nouvelle naissance, comme si son seul dessein était de nous enraciner dans cet univers-personne où vérité, liberté, et personnalité s'identifient en quelque manière dans une même relation oblative, dans cette sorte de "vide sacré" où l'on devient soi dans un autre et pour lui.

N'est-ce pas l'indice que le Christianisme s'adresse explicitement à la personne, à l'universel dans l'homme et que nous n'en pouvons témoigner efficacement qu'en devenant réellement universels ?
Tout homme demande à être traité comme une personne. Rien ne l'offense autant que le mépris de sa dignité. Rien ne concourt davantage à sa libération que de la lui rendre sensible dans le respect qu'on lui témoigne. De cette dignité humaine la croix est la plus haute mesure. Comment la regarder sans reconnaître que Dieu nous traite comme des personnes et comment douter, en s'y référant, que le Christianisme soit ordonné, par essence, à cet élément commun à tous les hommes qui est précisément leur dignité.

C'est donc à lui qu'il doit s'adresser : avec tant d'humilité que chacun puisse se sentir inclus dans son universalité par cela même qui le fait homme. C'est uniquement sous cet aspect que tout homme reconnaîtra à l'Eglise le droit de lui parler.

e)  Parler à la personne.

Une longue expérience nous a appris à ne pas contester ce que les autres disent, mais à chercher à les atteindre dans ce qu'ils sont ou, tout au moins, dans ce qu'ils peuvent être. Une lumière de fond, qui est le regard de l'être, l'emporte sur les clartés ou les ténèbres de la raison. C'est dans l'axe de cette lumière qu'il s'agit de se placer. 0n parle ainsi à la personne, sans provoquer les réactions défensives d'une biologie complice de ses limites. Et même si on ne la nomme pas, on lui présente la vérité : comme on présente une personne à une personne en les laissant en tête-à-tête.

f)  Parabole du vitrail

Comme les images rendent sensibles les idées, nous terminerons notre méditation par une parabole :


Un vitrail dans la nuit est un mur opaque,
aussi sombre que la pierre dans laquelle il est enchâssé.
Il faut la lumière pour chanter la symphonie des couleurs
dont les rapports constituent sa musique.
C'est en vain que l'on décrirait ses couleurs,
c'est en vain que l'on décrirait le soleil qui les fait vivre.
On ne connaît l'enchantement du vitrail
qu'en l'exposant à la lumière qui le révèle
en transparaissant à travers sa mosaïque de verre.

Notre nature est le vitrail enseveli dans la nuit.
Notre personnalité est le jour qui l'éclaire
et qui allume en elle un foyer de lumière.
Mais ce jour n'a pas sa source en nous.
Il émane du soleil, du soleil vivant qui est la vérité en personne.

C'est ce soleil vivant que les hommes cherchent dans leurs ténèbres.
Ne leur parlons pas du soleil. Cela ne leur servira de rien.
Communiquons-leur sa présence, en effaçant en nous tout ce qui n'est pas lui.
Si son jour se lève en eux, ils connaîtront qui il est et qui ils sont,
dans le chant de leur vitrail.

La vie naît de la vie.
Si elle jaillit en nous de sa source divine clairement manifestée,
qui refusera de s'abreuver à cette source,
en l'ayant reconnue comme la vie de sa vie ?

Conclusion –

Nous n'avons pas la moindre autorité pour émettre le vœu qu'une déclaration conciliaire sur la liberté religieuse, si elle doit être faite, s'exprime dans un langage par lequel tout homme puisse se sentir libéré, en étant saisi dans l'universel qu'il porte en lui. Et nous n'aurions jamais eu l'outrecuidance d'écrire ce petit essai, si un Evêque ne nous avait pressé de le faire. On voudra bien trouver, dans cette invitation, l'excuse d'une audace qui n'est qu'une affectueuse obéissance.


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L A  J O I E   C H R É T I E N N E


Maurice Zundel

Article publié dans Foi Vivante, revue des Carmes à Bruxelles en 1964
puis Dans le silence de Dieu, Éd. Anne Sigier


Le grand poète Oscar Wilde écrivit, en prison, que la plus grande bénédiction de sa vie lui advint quand la société lui imposa cette réclusion, qui scellait son déshonneur en le privant à jamais de son foyer et de tous ses biens.  Il lui fallut du temps pour parvenir à cette conviction. Pendant une année il ne connut guère que la révolte et le désespoir.  Le souvenir de l'hommage rendu à sa détresse, le jour de sa condamnation, par le seul ami qui lui fût demeuré fidèle, finit par s'imposer à lui avec la force d'une présence.  Quelqu'un avait cru en lui quand sa déchéance avait paru irrémédiable; quelqu'un s'était incliné devant une valeur qui pouvait encore vivre en lui; quelqu'un, bravant le mépris public qui l'accablait, n'avait pas cessé de l'aimer.
     
C'est dans la lumière de cette amitié qu'il découvrit l'Amour infini qui l'attendait au plus intime de lui-même et auquel il suffisait de consentir pour jouir d'une liberté qu'il n'avait jamais connue et que les murs de sa prison ne pouvaient aucunement restreindre.  Il n'était plus seul dans sa cellule. Un Ami invisible ne cessait de le visiter, en ouvrant à son âme un espace illimité.
     
En des circonstances bien différentes, une femme totalement  paralysée depuis 39 ans et aveugle depuis 30 ans me confiait le  secret de son courage et de sa sérénité:  dans le bonheur d'avoir été épousée avec cette double infirmité par l'homme qui l'avait aimée - avant qu'elle n'en fut atteinte - dans tout l'éclat de sa jeunesse et qui attestait, par cette fidélité, la valeur unique qu'il attachait à sa personne, véritable sanctuaire de la Divinité.

En des conditions peut-être plus tragiques encore, une Française déportée au cours de la dernière guerre, eut la grâce de découvrir Dieu dans le camp de Ravensbruck où elle endurait d'exceptionnelles privations.  Elle en éprouva un tel bienfait que, libérée par la victoire, elle craignit de perdre, dans la dispersion d'une vie dite "normale", la permanence du seul contact qui la pouvait combler.
     
Qui se douterait de la misère matérielle de Mozart en entendant sa musique, où sa foi ingénue anticipait la joie qu'il espérait de la rencontre avec le Seigneur dont son Requiem respire l'attente Qui sentirait autre chose que pure jubilation dans le "Te decet hymnus" du Requiem de Gilles, où toute chair ressuscite dans la gloire de la Jérusalem nouvelle, dont le Gloria de la Messe en si de Bach semble saluer l'avènement.
               
L'amour est plus fort que la mort... Il n'y a pas de douleur qu'il ne puisse transfigurer, pas d'infirmité dont il n'allège la pesanteur. Les aveugles sont les grands voyants du monde sonore et c'est à un sourd que nous devons  l'Hymne à la Joie le plus triomphant.
          
Mais si de grandes âmes ont pu vaincre la souffrance, la pauvreté, la prison, les deuils, les humiliations et rendre grâce au poteau d'exécution, comme d'Estienne d'Orves,  et chanter jusqu'à l'échafaud comme les Carmélites de Compiègne, on ne s'étonnera pas que l'Amour qui les portait confère à toute existence, pourvue du nécessaire sans épreuve héroïque, un surcroît infini de bonheur et de grandeur, dont témoignent, chacun dans son langage tous les génies, tous d'accord pour reconnaître dans cet Amour qui aimante leur recherche:  "La Vie de leur vie."
     
"Pourquoi vouloir être quelque chose quand on peut être quelqu'un?" écrit Flaubert dans son journal, scandalisé par un billet de Baudelaire qui lui demande de pousser sa candidature à  l'Académie Française.  C'est qu'il n'ambitionne, lui, Flaubert, d'autre récompense que d'exprimer toujours mieux, en s'effaçant devant elle, cette "Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle" qui ravissait le coeur de Saint Augustin.  Avec la même humilité Einstein affirmait que "l'homme qui a perdu la faculté de s'émerveiller et d'être frappé de respect est comme s'il était mort", car il n'aspirait qu'à ce dialogue "mystique" avec un univers perçu dans la Pensée créatrice dont la nôtre tire toute sa lumière.  Et qui a mieux chanté "la joie de connaître" que Pierre Termier déchiffrant la genèse de la terre dans le grand Canyon du Colorado?
     
Mais non moins admirable est ce témoignage d'une pauvre bergère illettrée qui n'arrivait jamais au bout de son "Notre Père" parce qu'elle éclatait en sanglots dès les premiers mots, en pensant qu'une chétive créature comme elle jouissait du privilège incroyable d'invoquer Dieu comme son Père.
     
Si le message de Jésus s'achève dans ce testament de Joie: "Je vous ai dit ces choses pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite", c'est que tout l'Evangile est la révélation et la communication personnelle du Dieu-Charité, du Dieu qui n'est qu'Amour et dont le Coeur est le berceau de toute réalité.
     
Ce dimanche rose de "Laetare" oriente nos regards, au milieu du Carême, vers l'univers pascal qui doit fleurir de la Croix, où la création sera ré-engendrée par le Verbe fait chair, en qui l'Amour éternel s'immole pour faire contrepoids à tous nos refus d'amour.
     
La Musique qui est le chant du Silence, par le ministère des grands Artistes qui sont nos hôtes, va nous disposer à entendre selon le mot de Saint Ignace d'Antioche, ce "mystère de clameur accompli dans le silence de Dieu", dont chaque Liturgie renouvelle la présence et l'appel.
          
Il ne suffit pas, en effet, que Dieu se donne pour que sa joie soit en nous.  Seul le consentement de notre amour peut fermer l'anneau d'or des fiançailles qu'Il ne cesse de nous proposer, comme en témoigne Saint Paul aux Corinthiens dans cette parole qui s'adresse à nous:  "Je vous ai fiancés à un Epoux unique pour vous présenter au  Christ comme une vierge pure".
     
Mais comment cela peut-il nous atteindre réellement?  Allons- nous verser dans une sensiblerie pseudo-mystique en nous imaginant favorisés, plus que le commun des hommes, des prédilections divines?
     
Toute illusion à cet égard est écartée par le mandatum qui fait de l'amour effectif envers les hommes le critère exclusif de notre amour envers Dieu.  C'est d'abord dans le jardin d'autrui que doit fleurir, par nos soins, la rose du Laetare.
 
Qu'exige de nous, en famille, au travail et dans toutes nos relations humaines la joie des autres?  Nous verrons, sans tarder, qu'elle réclame une attention si constante. un effacement de nous-même si soutenu, qu'ils sont rigoureusement impossibles sans une permanente reprise de contact avec Dieu.
     
C'est là le noeud des deux préceptes qui n'en font qu'un: l'amour de Dieu et l'amour de l'homme.

L'Evangile  est la bonne nouvelle de l'Emmanuel: "Dieu est avec nous". Mais comment l'apprendra l'homme d'aujourd'hui, si le sourire de notre amitié ne lui rend pas sensible le Visage qu'un coeur humain, ne peut reconnaître qu'à travers un amour humain où il transparaît?

Le Testament de joie est remis entre nos mains, comme le plus urgent appel à notre générosité qui en peut seule assumer  l'accomplissement dans le monde contemporain, au cours du temps  dont chacun de nous dispose pour s'éterniser.



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L A   P A U V R E T É   D E   D I E U


Maurice Zundel

Article publié dans Foi Vivante, revue des Carmes à Bruxelles en 1963
puis Dans le silence de Dieu, Éd. Anne Sigier



Une petite fille qui avait été au catéchisme et qui l'avait suivi assidûment, essayait de se représenter Dieu. On avait dit que Dieu est tout-puissant, qu'il peut faire tout ce qu'il veut, que rien ne lui résiste, qu'il est riche de tous les biens, qu'il est tellement heureux que tous nos malheurs ne peuvent l'atteindre, comme aucune de nos joies ne peut l'enrichir et que cela est ainsi depuis toujours. Eternellement. Dieu est comblé, saturé de biens, débordant de richesses et doué d'une irrésistible puissance. Et la petite fille se disait : « Il en a de la chance, le bon Dieu ! Parce qu'enfin, il ne l'a pas mérité, cela a toujours été ainsi. Au fond, ce n'est pas juste. Cela devrait être chacun à son tour d'être Dieu ! » Et elle attendait tranquillement son tour d'être Dieu.

Il y a quelque chose d'émouvant et d'admirable dans la réflexion de cette enfant qui rejoint l'objection de Nietzsche : « S'il y avait des dieux, comment supporterais-je de n'être pas Dieu ? » A cette objection redoutable, il n'y a qu'une réponse, c'est celle qui fut donnée à saint François d'Assise. François, le fils du marchand; François, destiné par son père au négoce ; François, riche, comblé par son père qui lui laisse la bride sur le cou ; François, qui rêve d'autre chose ; François, nourri des romans de chevalerie et qui ne pense qu'à la gloire des champs de bataille; François, homme de guerre tout au début de sa carrière, lors d'une petite guerre entre Pérouse et Assise. Mais François nourrit une ambition plus grande : il veut faire la grande guerre dans le sud de l'Italie. Et il s'en va, magnifiquement équipé, quand il est arrêté par une voix qui lui dit intérieurement : « Lequel vaut mieux, servir le maître ou le serviteur ? » Et il comprend qu'il va faire ses armes, qu'il deviendra chevalier sous les ordres d'un capitaine qui est lui-même sous les ordres d'un prince. Il ne sera que le domestique d'un domestique ! C'est trop peu pour lui ! Il rebrousse chemin et il attend son destin. Il sait qu'un jour le monde sera rempli de sa gloire et qu'il épousera la plus belle princesse qui se puisse jamais avoir. Et il attend.

La maladie le fait réfléchir, le baiser au lépreux lui fait rencontrer l'intimité du Christ Jésus, la voix du crucifix de saint Damien lui enjoint de reconstruire sa maison et, enfin, il entendra dans l'évangile de saint Mathieu l'appel décisif. Il va rencontrer enfin la princesse à laquelle il s'est promis : Dame Pauvreté !

C'est Dame Pauvreté qu'il va chanter sur toutes les routes de la terre, elle est son unique trésor, son seul héritage. Cette dame, passionnément aimée et défendue, sous l'image de laquelle il se représente Dieu, c'est cela l'immense aventure, la plus grande de l'histoire chrétienne. François l'a compris le premier. Il a vécu avec une intensité brûlante cette identification de Dieu avec la pauvreté. « Bienheureux ceux qui ont une âme de pauvre », dit Jésus en tête des Béatitudes. C'est la première Béatitude, parce que c'est la Béatitude de Dieu. Dieu est pauvre, dit François, et le petit pauvre se tient devant le grand pauvre. Et, par là, François, le chantre de la pauvreté, nous donne la clef de ce mystère insondable et merveilleux, qui est le mystère de la Sainte Trinité. La très sainte Trinité, que l'on présente comme un rébus indéchiffrable, la Sainte Trinité sur laquelle tant de théologiens ont exercé leur admirable subtilité. Mais jamais ils n'ont été au cœur de cette vie débordante, parce qu'ils n'ont pas compris que la clef de la Trinité, c'est la pauvreté.
Trinité cela veut dire que Dieu, s'il est unique, n'est pas solitaire. Dieu n'est pas quelqu'un qui tourne autour de soi, qui se regarde, qui se repaît de lui-même, qui se loue et s'adore et nous demande de le louer et de l'adorer, dans une demande égocentrique et possessive. Non, la vie de Dieu est une vie trinitaire: autrement dit, Dieu n'a prise sur son être et sur son acte qu'en le communiquant. Dieu ne se regarde pas. En Dieu, la connaissance, c'est le regard : c'est l'élan du Père vers le Fils et le regard et l'élan du Fils vers le Père. La connaissance est un échange, un don consubstantiel, un don total, car ce qui constitue le Père, c'est uniquement cet élan, ce regard vers le Fils. Il n'a rien d'autre que d'être tout donné à ce Fils, qui n'a rien d'autre que d'être donné à ce père et ensemble, ils ne possèdent pas l'amour, ils le donnent, ils le communiquent dans une aspiration vivante vers le Saint-Esprit, qui est, une respiration vivante vers le Père et le Fils. En sorte qu'en Dieu, tout est éternellement donné, communiqué, dépouillé dans une pauvreté tellement absolue, qu'il faut dire que Dieu n'a rien, qu'il ne peut rien avoir, qu'il ne peut rien posséder, que la divinité n'est à personne, car elle n'est au Père que dans son élan vers le Fils et au Fils dans son élan vers le Père, et à l'Esprit saint dans cette respiration d'amour vers le Père et le Fils.

D'ailleurs, cela, nous pouvons le comprendre immédiatement par une expérience quotidienne : celle de cette trinité humaine, la famille, qui est la plus belle image de la trinité divine. Dans une famille, il y a au moins trois personnes : le père, la mère et l'enfant. Et ces trois personnes vivent de la même vie, de la même joie, du même bonheur, du même amour et leur harmonie est faite uniquement de ce regard de l'un vers les deux autres.

Quand l'homme regarde sa femme et pense à elle, en s'oubliant lui-même, quand la femme regarde son mari et pense à lui en s'oubliant elle-même et que l'enfant regarde son père et sa mère en s'oubliant lui-même, c'est le bonheur. La vie circule, la vie jaillit, la vie se communique, l'harmonie est parfaite. Mais nous le sentons immédiatement, ce bonheur n'est à personne. Le père ne peut pas dire, c'est moi, c'est à moi, c'est pour moi : il le détruirait immédiatement. Il en serait de même si la mère se le voulait approprier et si l'enfant prétendait en avoir le monopole. C'est un bien qui ne peut exister qu'à l'état de communication, à l'état de dépouillement, à l'état de don.    

Ainsi Dieu, non pas un Dieu solitaire, mais un Dieu dont toute la vie est un pur jaillissement d'amour sans aucun retour sur soi possible. Nous, nous pouvons toujours défaire l'union, rompre une harmonie, nous séparer les uns des autres. En Dieu, il n'y a pas d'adhérence à soi, parce qu'en Dieu, le moi est tout élan, toute communication, tout altruisme, tout don, toute communion, tout amour. En lui, se réalise ce pressentiment de Rimbaud : ‘‘Je est un autre ’’. ‘’ Je ’’ est un autre, c'est pourquoi il faut dire, avec François d'Assise ou plutôt à travers lui, qui n'a rien dit, mais qui a tout vécu, il faut dire : « Dieu est Dieu parce qu'il n'a rien » Il est tout en être, tout en valeur, parce qu'il n'a rien, parce qu'il ne peut rien avoir, parce qu'il ne peut rien posséder, parce qu'il a tout perdu éternellement, parce qu'il est le dépouillement subsistant, infini, personnifié, éternel.

C'est là ce que François a découvert, c'est là ce qu'il a vécu, ce qu'il nous a communiqué ou plutôt, Dieu à travers lui. C'en est fini maintenant de ce Dieu propriétaire, de ce Dieu maître, de ce Dieu despote, de ce Dieu qui est assis sur ses trésors, qui les défend et qui, comme dit Luther dans une phrase épouvantable, ‘‘ne veut pas lâcher la bride du pouvoir’’. C'est le contraire qui est vrai : Dieu a éternellement lâché la bride du pouvoir, il ne veut rien pouvoir, sinon donner. Il n'y a rien d'autre en lui que l'amour. Il ne peut nous toucher que par son amour, comme nous ne pouvons le rejoindre que par notre amour.

C'est un Dieu inconnu, un Dieu inimaginable, un Dieu imprévu, un Dieu que les chrétiens n'ont pas encore commencé à reconnaître. Nous continuons à penser à Dieu comme on pouvait y penser avant Jésus-Christ. On oublie qu'en Jésus-Christ tout a été renouvelé, qu'au travers de l'humanité transparente de Jésus-Christ, le vrai visage de Dieu s'est révélé, qui est le visage de la pauvreté, le visage de la fragilité. Car si Dieu est pauvre, il est fragile ; si Dieu est pauvre, il est désarmé, car il n'a rien pour le défendre, il n'est que son amour. Et il suffit de lui refuser le nôtre pour que rien ne se puisse accomplir.

C'est ce que nous dit magnifiquement le prologue de saint Jean : « En lui est la lumière, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne la saisissent pas. » Il est dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne le connaît pas. Il vient chez les siens et les siens ne le reçoivent pas. Et que peut-il faire ? Il meurt. Il meurt pour tous ceux qui refusent de l'aimer. Et il n'y a pas pour lui d'autre issue, et c'est ce que veut dire la croix. La croix veut dire que Dieu est l'amour qui n'est qu'amour fragile qui appelle notre amour mais qui ne peut rien en nous sans nous.

C'est pourquoi il ne s'agit pas de nous sauver d'une menace qui viendrait de Dieu, mais de sauver Dieu de la menace que nous sommes pour lui, de le sauver de nos ténèbres, de le sauver de notre opacité, de le sauver de nos limites qui font de lui constamment une idole. C'est pourquoi Graham Greene a pu dire magnifiquement dans La Puissance et la Gloire: « Aimer Dieu, c'est vouloir le protéger contre nous-même. » Dieu est fragile autant qu'il est amour. Fragile comme la vérité. Il suffit de se boucher les oreilles et la vérité ne peut plus rien. Fragile comme la musique : il suffit de taper sur une casserole, et la musique ne peut rien. Fragile comme l'amour : il suffit de fermer son cœur et l'amour ne peut rien.

Aussi bien, saint Jean de la Croix, grandissime docteur de la contemplation, rejoint ici magnifiquement saint François lorsqu'il appelle Dieu : ‘‘ la musique silencieuse ’’. Dieu est une musique silencieuse. Il n'est pas là où il y a du bruit. Et c'est pourquoi, dès que nous faisons du bruit, nous nous séparons de lui. Nous ne pouvons plus l'atteindre qu'à travers des formules, des mots, tout empreints de nos limites et qui font de lui une idole. Pour le rencontrer, il faut l'écouter, il faut faire de tout son être un silence agenouillé et alors sa voix retentit comme la voix de la musique silencieuse.

Quelle découverte ! Comme la petite fille, nous étions tentés de voir en Dieu un pouvoir exorbitant ou, comme Nietzsche, un pouvoir révoltant qui appelait notre révolte. Et voilà maintenant que Dieu nous apparaît, dans le chant de saint François, comme celui qui n'a rien. Il nous apparaît comme le dénouement éternel, il nous apparaît comme la simplicité d'une pauvreté si grande que jamais nous ne pourrons être aussi pauvres que lui. Car il y aura toujours en nous ces adhérences par lesquelles nous collons à nous-même, ce sens de la propriété qui fait de nous des esclaves de nos possessions. Dieu seul est libre, d'une liberté infinie, qui est la liberté du dépouillement total. Ainsi son ‘‘ être par soi’’, cela veut dire aussi qu'il y a en lui toutes les conditions de la pauvreté absolue du dépouillement infini et de l'amour parfait.

Nous devons donc faire silence en nous pour pénétrer dans ces abîmes de lumière et de joie, où notre liberté a son origine première. Et, nous
souvenant que Dieu est la musique silencieuse, que Dieu est fragile, nous essayerons de le protéger contre nous-mêmes.      

Alors Dieu prendra pour nous un autre visage, un visage adorable, un visage passionnant, un visage toujours nouveau. Car quelle découverte plus bouleversante que celle-là, de savoir que Dieu n'a rien, qu'il ne peut rien posséder et que nous ne sommes suspendus qu'à son amour, comme il est suspendu au nôtre ! C'est ce que Claudel a découvert le jour de Noël 1886, où il fut foudroyé par la grâce, comme Saül à Damas, Claudel entrant à Notre Dame pour y chercher en dilettante des émotions esthétiques et entendant soudain à travers les antiennes des vêpres de Noël, cette annonce formidable de l'enfance éternelle et de l'innocence déchirante de Dieu.

Oui, c'est cela notre Dieu. Le Dieu vivant, le Dieu-Esprit, le Dieu-vérité, le Dieu crucifié, le Dieu silencieux. Il n'y en a pas d'autre. Le Dieu qui retentit au plus intime de nous-même comme un appel que nous entendons dès que nous cessons de nous regarder et de nous écouter et qui nous apparaît, sous les traits de sa divine fragilité, comme l'enfant éternel et comme l'innocence déchirante.

 

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L E   V R A I   V I S A G E   D E   D I E U


Maurice Zundel

Article publié dans Foi Vivante, revue des Carmes à Bruxelles en 1960
puis Dans le silence de Dieu, Éd. Anne Sigier


Je revoyais, l'an dernier à Louqsor et à Karnak, les statues colossales des Pharaons, ces Pharaons dont l'effigie multipliée à des centaines d'exemplaires se dresse à 8 mètres de hauteur et veut donner l'impression d'une puissance divine :le Pharaon dominant son peuple, qui n'est que poussière sous ses pieds.

C'est ainsi que l'humanité a conçu la grandeur. L'humanité n'a jamais pu comprendre autrement la grandeur que sous la forme de la domination. Le plus grand, c'est celui qui écrase, qui a des sujets, qui commande et exige d'être obéi. C'est celui devant qui le peuple n'est que poussière. Et c'est pourquoi les Pharaons sont divinisés. Ils reçoivent leur investiture de la divinité et ils exigent d'être obéis et d'être reconnus comme des dieux. Le Pharaon est Dieu. C'est l'impression que l'on reçoit immédiatement devant le spectacle de ces statues gigantesques où le Pharaon a multiplié son visage comme le visage de la divinité.

Mais si le Pharaon est Dieu, Dieu est aussi un Pharaon. Cette image de la grandeur divine va traverser l'histoire. Dieu apparaîtra lui aussi comme un monarque, comme un despote, comme le maître absolu devant lequel nous ne sommes que néant, celui qui peut nous imposer son joug et nous châtier des derniers châtiments si nous nous soustrayons à sa volonté. Et dans la Bible elle-même, dans l'Ancien Testament qui est d'ailleurs dans son essence un mouvement vers Jésus - et c'est là toute sa valeur - il n'en reste pas moins vrai que l'image de Dieu est cette image royale, le plus souvent l'image d'un dominateur, d'un despote absolu, dont la présence fait mourir.

Aussi bien, voyons-nous Isaïe, lors de sa première vocation, saisi de terreur : il va mourir et, lorsque les Hébreux se trouvent au pied du Sinaï, et qu'ils s'apprêtent à affronter la présence de Dieu, ils crient vers Moïse en disant : "Parle-nous, toi, mais que Dieu ne nous parle pas. Car si Dieu nous parle, nous allons mourir ".

C'est ainsi que si les hommes ont donné à leurs rois, dans l'antiquité, le visage de la divinité, ils ont donné aussi à la divinité le visage de leurs rois. C'est ainsi que nous tous nous concevons la grandeur. La grandeur, c'est de dominer ; la grandeur, c'est d'être au-dessus des autres ; la grandeur, c'est d'être applaudi ; la grandeur, c'est d'avoir des sujets. Dans un ordre quelconque, la grandeur, c'est de regarder de haut en bas vers une foule qui admire et qui offre le tribut de ses hommages. Et nous sommes tout infectés, tout empoisonnés de cette image de la grandeur, puisque nous aussi, dévorés comme nous le sommes par notre amour-propre, nous ne pensons qu'à nous mettre en valeur, éclipser les autres, en faisant parler de nous.

Cette image corrompt notre esprit, corrompt aussi notre religion, parce que justement l'Evangile nous a apporté une autre échelle des valeurs. A cette échelle des valeurs fondée sur la domination, sur l'écrasement de la fragilité humaine par la puissance divine, selon l'image que les hommes étaient alors capables de construire, l'Evangile oppose une nouvelle échelle des valeurs, incroyable, merveilleuse et dont nous n'avons pas encore commencé de comprendre la portée.

Le Jeudi Saint, à quelques heures de l'Agonie, las apôtres sont encore entrés au Cénacle sans comprendre. A la table même de la Cène, ils se sont disputés pour la première place. Car il ne reste pas autre chose que des premières places, et Jacques et Jean - Jean lui-même, le disciple bien-aimé - ils ont, par l'entremise de leur mère, réclamé les premières places. Ils rêvent de s'asseoir sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Ils ne savent pas, comme disait Jésus, de quel esprit ils sont. Ils sont dominés, comme nous le sommes encore, par cette image de domination. Pour eux, la grandeur, c'est de regarder de haut en bas, d'avoir des sujets et de recevoir des hommages.

Et Jésus va nous introduire maintenant dans la véritable grandeur. Il va mettre de l'eau dans un bassin, il va se ceindre d'un linge, il va s'agenouiller devant eux, il va leur laver les pieds, faisant le geste que les esclaves des Hébreux eux-mêmes auraient refusé à leurs maîtres. Et Pierre, toujours dominé par son image de la grandeur, de la fausse grandeur, se scandalise : "Mais non, Seigneur, c'est impossible !" Il veut détourner Jésus de cette humilité, comme il voulait le détourner naguère de la croix. Il faut que Jésus affirme qu'il n'aura aucune part au Royaume s'il ne se laisse faire. Et maintenant Jésus, à genoux, lave les pieds de Judas qui l'a vendu, de Pierre qui va le renier, de Jacques et Jean qui vont s'endormir dans le jardin de l'agonie, de tous les autres qui vont s'enfuir quand il aura été livré et qu'il apparaîtra désormais comme le condamné voué à l'infamie.

C'est ici que commence la Nouvelle Alliance, que le voile se déchire, que le vrai visage de Dieu apparaît et que cette échelle de grandeurs nouvelle, incomparable, nous est enfin révélée : la véritable grandeur, ce n'est pas de dominer, la véritable grandeur, c'est la générosité, c'est la générosité... Le plus grand, c'est celui qui donne le plus, celui qui donne tout, celui qui donne infiniment, celui qui n'a rien, celui qui n'est qu'amour et qui ne peut qu'aimer.

Ce visage de Dieu se révèle enfin, le vrai, l'unique vrai visage de Dieu, inconnu, insoupçonné, imprévisible, merveilleux, celui que le monde d'aujourd'hui attend et ne connaît pas encore. Car enfin, tout l'athéisme moderne : Marx, Nietzsche, Sartre, Camus, tous ces grands talents, tous ces grands hommes, chacun à sa manière, pourquoi refusent-ils Dieu ? Mais justement, Dieu, ils le voient toujours sous l'image du Pharaon, comme une limite à l'homme, comme une menace contre l'homme, comme un interdit, comme une défense, comme une barrière ! Ainsi que l'écrit Sartre dans ce raccourci terrifiant : "Si Dieu existe, l'homme est néant.", tant ils ont le sentiment que si l'homme doit se tenir debout, s'il veut être un créateur, s'il veut courir une aventure qui en vaille la peine, il ne doit compter que sur soi, ne pas faire appel à ce Dieu qui nous dispense de tout travail, de tout effort créateur, parce qu'il a tout fait, parce que les jeux sont faits, parce que le sort en est jeté, parce que notre destin est éternellement prédéterminé. Et c'est au nom de l'activité humaine qu'ils revendiquent leur athéisme, pour que l'homme soit pleinement lui-même, pour qu'il atteigne à toute sa grandeur, pour qu'enfin il soit vraiment un créateur.

Ils ne savent pas combien nous sympathisons avec eux. Nous aussi, nous sommes des hommes, nous aussi nous avons le sens de la dignité, un sens brûlant, ineffaçable. Nous aussi, nous savons qu'une conscience humaine est inviolable, qu'un homme n'est pas un objet dont on puisse disposer comme d'une marchandise, que l'homme est un sujet, qu'il doit être vraiment l'origine et la source de ses actes. Et le Créateur lui-même, dans l'ordre de la générosité et de l'amour, où tout est fondé sur la réciprocité, va nous donner - et c'est cette immense révélation - cette lumière inépuisable du lavement des pieds.

Devant quoi Jésus est-il à genoux ? Devant ce Royaume de Dieu que nous avons à devenir. Et il n'y en a pas d'autre. Le Royaume de Dieu, c'est la Royauté d'amour de Dieu au plus intime de nous. Et cette Royauté, Dieu ne peut pas l'accomplir tout seul. Autrement, Jésus ne serait pas à genoux devant ses disciples. Pour que cette Royauté existe réellement, il faut notre consentement, il faut que le cœur de Judas s'ouvre, que le coeur de Pierre accepte, que le coeur de Jacques et de Jean s'éveille, que tous les autres sortent de leur sommeil et qu'ils prononcent ce oui sans lequel rien ne peut s'accomplir. Et c'est justement pour éveiller ce consentement, pour rendre attentif chacun de ses disciples et nous-même à ce Royaume intérieur que Jésus est à genoux. Jamais l'homme n'a reçu tant d'honneurs, jamais la liberté humaine n'a reçu une telle dimension que dans cet agenouillement du Seigneur devant ses disciples et devant nous-même.

C'est cela le vrai visage de Dieu. La grandeur, ce n'est pas de dominer. Dieu n'est pas celui qui a le goût de l'esclavage. Dieu n'a pas de sujets - au sens de Pharaon - Dieu ne domine personne. La Royauté de Dieu, c'est justement de nous toucher par sa liberté pour susciter la nôtre.

Un monde nouveau, un monde inconnu, un monde insoupçonné, un monde merveilleux, puisque notre oui - comme le oui de la fiancée dans un véritable mariage, conditionne le oui du fiancé - est condition dans ce mariage que Dieu veut contracter tracter avec nous. Comme l'exprime l'apôtre Paul : " Je vous ai fiancés à un époux unique, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure. "
C'est cela notre Dieu : non pas une limite, non pas une menace, non pas un interdit, non pas une vengeance, mais l'amour agenouillé qui attend éternellement le consentement de notre amour sans lequel le Royaume de Dieu ne peut se constituer et s'établir. Exactement tout le contraire de ce que l'on imagine. On imagine les croyants comme de pauvres types qui ont peur, qui s'en remettent à une puissance indiscutable pour boucher les trous de leur impuissance. Oui, c'est cela Dieu, le bouche-trou de tout ce que l'on ne sait pas, et de tout ce que l'on ne peut pas. Alors, cela fait un Dieu rabougri, un Dieu et un homme méprisables. Mais non, justement l'Evangile, la Bonne Nouvelle nous ouvre cet horizon prodigieux, celui-là même que secrètement notre coeur attendait : l'Evangile nous fait connaître, l'Evangile nous révèle le coeur de notre Dieu et nous introduit dans son amitié, car désormais, il n'y a plus de serviteurs, il n'y a plus que des amis. C'est une révolution sans précédent.

Il faut que nous entendions cet appel, que, comme le veut le Pape saint Léon dans son homélie de Noël, nous prenions conscience de notre admirable dignité. Dieu n’a pas le goût de cette soumission d'esclave. Il attend notre amour de fils. Il attend notre confiance d'ami. Il veut faire de nous des collaborateurs d'un monde qui ne peut pas s'achever sans nous. Le grand romancier Pasternak, dans son livre bien connu, Le Docteur Jivago, a deux ou trois pages miraculeusement belles sur la nouveauté du Christianisme et il oppose aux miracles de l'Ancien Testament, aux grands mouvements des peuples sous la conduite de Moïse, le miracle silencieux de la conception de Marie. Ce miracle secret qui s'accomplit à l'ombre du Saint-Esprit, ce miracle que la langue humaine est incapable d'exprimer. Ce miracle où Dieu vient à nous, ce miracle va resplendir à travers la pauvreté de Marie, le visage éternel du Dieu vivant. Et il conclut ces pages par ce raccourci prodigieux, emprunté à la Liturgie russe “ Adam a voulu se faire Dieu et il n'a pas réussi, il ne l'est pas devenu. Mais maintenant, Dieu s'est fait homme afin de faire de l'homme un Dieu."

On ne peut pas, comme le fait la liturgie russe, opposer d'une manière plus brutale les deux échelles de valeurs, celle de l'Ancien Testament, fondée sur l'image de domination où le péché suprême était de vouloir ravir à Dieu ses droits en se faisant Dieu au lieu d'être un esclave courbé dans la poussière, et la nouvelle échelle de grandeurs du Nouveau Testament, fondée uniquement sur la générosité où, comme le disait Athanase et après lui Augustin, Dieu s'est fait homme afin que l'homme devînt Dieu. Car bien sûr, dans l'échelle de générosité, il n'y a plus de rivalité possible, car celui qui donne tout, ne demande rien d'autre que communiquer tout ce qu'il est, pour nous faire pénétrer dans son intimité afin que sa vie devienne la nôtre et la nôtre la sienne.

Voilà la charte de notre liberté : l'Evangile nous délivre de ce monarque, nous a délivrés de cette menace d'un Dieu dont on avait peur et devant lequel on pensait toujours devoir mourir. L'Evangile nous fait entrer dans l'intimité du Dieu vivant, qui fait surabonder la vie, et il vient à nous comme la Bonne Nouvelle d'aujourd'hui, la plus brûlante, la plus passionnante, la plus magnifique. Il nous demande de nous redresser, d'atteindre à notre stature qui est la stature du Christ et de devenir avec Dieu des créateurs dans le même ordre de grandeur que lui, l'ordre de grandeur de la générosité, de l'amour et du don de soi. Car justement, Dieu s'est fait homme afin que l'homme devînt Dieu.

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    http://www.mauricezundel.org/~rk/mz_spir_text_artic.htm

Coin méditation

 La nouveauté de la Nouvelle Alliance, c'est de situer Dieu au plus intime de nous-même, comme une source de vie éternelle.

L'Évangile (la Bonne Nouvelle), c'est de nous avoir délivrés d'un dieu extérieur à nous, pour nous conduire à un Amour caché en nous


Maurice Zundel, dernière homélie, prononcée en février 1975


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Actualités Journée d'amitié Maurice Zundel de l'AMZ-France, le 23 septembre prochain.

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